samedi 24 septembre 2011

"L'avenir n'est plus ce qu'il était !"

Par les temps qui courent, voyager au Vietnam procure une incomparable sensation de sérénité.
Je ne parle évidemment pas des déplacements erratiques, englué dans le flot vrombissant d’essaims de petites motos - bien que l’ambiance reste toujours très bonne enfant - mais du contact avec les gens d’ici, comme s’ils avaient quelque chose de plus, un supplément d’âme exprimant naturellement le goût du bonheur, plaisir simple d’être ici et maintenant, traduit sans plus de manière par des relations non seulement toujours souriantes et courtoises, mais aussi joyeuses. Cela est d’autant plus frappant que ce peuple aurait de bonnes raisons d’en vouloir à l’occident qui l’a si souvent mal traité. Mais il n’en est rien apparemment. Et leur sens de l’accueil n’a d’égal que leur gentillesse spontanée. De là à imaginer que certains l’aient interprété comme de la faiblesse voir de la soumission ?
Tant les français que les américains ont à leur époque chèrement payé cette grossière erreur de jugement qui, remise en perspective, ne donne que plus de valeur à ce peuple magnifique capable de résister puis de dépasser les agressions.
Ne toucherions-nous pas ici à la vraie sagesse ?

Dans le lobby de l’hôtel quelques écrans diffusent en « live » les nouvelles du monde, successions de courbes en dents de scie descendantes montant l’effondrement spectaculaire des bourses occidentales, images de salles de marché où des traders surexcités semblent perdre les pédales, analyses de la situation par des spécialistes bien coiffés en costumes sombrent et cravates rouges ou bleues, Rolex au poignet gauche agitant de la main droite leur stylo Mont-Blanc telle une baguette magique. Puis ce sont les politiques occidentaux qui défilent pour expliquer qu’il n’y a aucune raison de paniquer, qu’il faut rester confiant tout en se serrant la ceinture ; sans aucun courage pour dire très clairement que le monde change vraiment, qu’en occident nous avons vécu au dessus de nos moyens, qu’il s’agit maintenant de payer la note tout en acceptant de partager la richesse avec le reste du monde dont nous avons bien profité. Ceux-là même qui nous regardent maintenant avec un peu de mansuétude, peut-être pas tout à fait fâchés par ce qui « nous » arrive.

« Le futur n’est plus ce qu’il était » a dit un jour Yogi Berra (très grand joueur Base Ball américain des années 60) signifiant, dans son style inimitable, que l’avenir ne se déroule plus selon les attentes du passé. Il avait sacrément raison.
Nous sommes dans une période de ruptures majeures où les modèles issus du passés n’apporteront pas la réponse aux défis qui nous attentent. Et le pire, c’est que personne ne semblent vouloir en parler franchement.

Préparons-nous à changer, à reconstruire sur de nouvelles bases un modèle économique et social capable de prendre en compte les nouveaux enjeux d’un plus grand partage de la richesse au niveau mondial, tout en gérant de manière mieux raisonnée la consommation des ressources disponibles.
Car je suis tout fait convaincu que c’est bien de cela dont il s’agit.
Le reste n’est que spéculation financière parfois immorale dont les principaux bénéficiaires prennent aujourd’hui une raclée. Devrions-nous vraiment les plaindre ?

samedi 10 septembre 2011

Tango ou Samba ?

Buenos Aires est de ces villes qui ont une âme et dont on ne peut rester indifférent. Pas vraiment belle, ni moche non plus, mais avec ce je ne sais quoi de charme un peu suranné.
Ici la « 5ème Avenue » s’appelle « L’Avenue du 9 juillet » (jour de l’indépendance). Il y avait la plus belle Avenue du monde, la plus longue aussi, alors les argentins ont inventé la plus large et l’affiche fièrement. Il faut bien dire qu’ils n’y sont pas allés de main morte : mieux vaut retenir sa respiration pour traverser, avec pas moins de 8 files de voitures, 4 dans chaque sens, plus les contres allées et les larges trottoirs scrupuleusement entretenues chaque matin par les résidents des pas de porte avec force jets d’eau, ballets brosse et huile de coude. Au moins ici il ne reste ni mégot, ni papiers gras, ni crotte de chien. Pour autant l’avenue ne présente pas de grand intérêt, sauf peut-être une curieuse obélisque érigé au milieu.
C’est plutôt du coté des passants qu’il faut regarder. Le matin des « nounous pour chiens » promènent en laisse de véritables meutes très éclectiques avec toute sorte de représentants de l’espèce canine - du plus gros au plus petit et de toutes les couleurs - que les maîtres leur ont confié pour la journée ; assez étonnant. Le soir on retrouve les maîtres sur leur 31 marchant tranquillement bras de dessus bras dessous, comme s’ils se rendaient à un bal de tango Argentin, Messieurs en costumes italiens cheveux gominés coiffés en arrière, Mesdames fardées et perchées sur des talons hauts cliquetant sur le pavé. Drôle de représentation façon sud européenne très années 30.

S’arrêter dans un café est ici un plaisir : commander un cortado (expresso à la mode espagnole) et le siroter tranquillement juste en observant les gens commentant l’actualité dans la langue de Cervantes soutenue de gestuelles latines très expressives.

Trafic intense dans les rues ou des bus hors d’âge aux chromes encore rutilants chargent et déchargent des grappes de passagers pressés. Dans le flot de la circulation, des milliers de petits taxis jaunes et noirs sillonnent la ville en tous sens, au gré des courses commandés par les passagers souvent entassés à 3 sur l’étroite banquette arrière. Quelques vieilles Ford Falcon, très joli modèle fabriqué ici dans les années 70 continuent d’assurer le service de conducteurs désargentés.

En ville de nombreux théâtres aux façades défraîchies présentent des spectacles de tango commercial aux touristes essentiellement venus de pays voisins. Ah le tango Argentin, danse de séduction certes, mais surtout hymne à la virilité locale que la gente masculine ne se prive pas ici d’exhiber : cheveux gominés, costumes à l’Italienne, chaussures lustrées impeccables - ou chemises ouvertes sur torses velus, ceinturons de cuir et bottes - selon que l’on soit citadin ou gaucho venu faire sont petit tour en ville. Plutôt rigolo, même si je force un peu le trait.

Le foot est ici une deuxième religion, entretenue par la rivalité avec le grand voisin Brésilien. Il faut dire que les relations entre les deux pays a parfois quelque chose de grand guignolesque pour qui voit cela de loin. C’est Tango contre Samba et les plaisanteries fusent entre les deux pays à la matière de celles entre Belges et Français. Sauf que nous n’avons ni tango, ni surtout Samba, dommage… et que la musette ne fait plus fantasmer grand monde.
Mais pour en revenir sur les relations tumultueuses entre Argentins et Brésilien, je me demande s’il n’y aurait pas derrière tout cela qu’une histoire de jalousie entre deux cultures latines hautes en couleurs ? D’un côté les Brésiliens envieux de la virilité Argentine quelque peu machiste exprimée dans le Tango, de l’autre les Argentins envieux (on les comprend) de la sensualité féminine brésilienne exprimé dans la samba.
Théorie « à 2 balles », je vous l’accorde, qui bien sûr n’engage que moi ; et encore…

dimanche 4 septembre 2011

Vol de jour

Samedi fin d’après-midi, nouveau départ vers l’Amérique Latine : 45 minutes de voiture jusqu’à l’aéroport de Nantes pour un petit vol vers Paris attraper la connexion du vol de nuit vers Sao Paulo. Pas vraiment envie de partir en plein week-end, mais les « optimisations d’agenda » sont parfois (souvent) nécessaires.

Le temps est à l’orage, ciel chargé de spectaculaires cumulonimbus bourgeonnant verticalement, tel des choux fleurs géants dont le sommet se heurte à la stratosphère en dessinant de gigantesques enclumes. L’avion zigzague doucement entres ces énormes usines électriques volantes qu’il faut mieux éviter si l’on veut ne pas se faire secouer violemment. La lumière décroissante de cette fin d’après-midi ajoute au spectacle, belle partie de pilotage pour ceux qui ont la chance de tenir les commandes.
Atterrissage agité sous les trombes d’eau à Charles de Gaulle. Au freinage les aérofreins moteurs propulsent une gerbe de bruine épaisse vers l’avant de l’appareil, comme s’il se trouvait piégé dans une tornade d’où il ne parvenait pas à s’extraire.

Retour au calme dans l’aérogare. Sans plus d’explication un SMS m’indique que le vol pour Sao Paulo prévu ce soir est reporté à demain matin 8h. Merde ! Le programme déjà tendu va se compliquer et il va falloir se taper un vol de jour.

Soirée sans intérêt dans un hôtel sans âme aux frais d’Air-France. La moindre des choses. En fait l’appareil que nous devions prendre serait resté en Asie pour problème technique, et il a fallu en préparer un autre. D’accord, mais dans ce cas ils auraient quant même pu prévenir plus tôt.

Chargement particulièrement lent de l’appareil, par bus, au large de l’aérogare 2F.
Nous finissons par décoller à 9h.
C’est parti pour un long vol de jour contre le temps, 11 heures pour dessiner une belle trajectoire vers le sud-est croisant l’équateur au dessus de l’Atlantique.
A travers le hublot, loin sous l’appareil, les petits cumulus clairsemés ressemblent à de délicates fleurs de coton flottant au dessus de l’océan qui projettent leurs ombres furtives sur les flots moutonneux.
De temps à autre on distingue un navire laissant derrière lui un sillage d’écume telle une fléchette sur la mer, comme une réponse à l’éphémère trainée de condensation dessinée dans l’azur par notre triple 7.
A l’horizon, ciel et mer se confondent dans un dégradé laiteux marqué d’une fine ligne brune semblable à la tranche d’une galaxie photographié par Hubble.
A bord quelques hublots restés ouverts diffusent d’éblouissants rayons de lumineux, tel des rayons laser illuminant la cabine. Nous ne sommes plus vraiement sur terre, envahis par une douce torpeur, bercés par le ronronnement régulier des moteurs de notre beau « vaisseau » blanc.
...
Heure d’arrivée 14h57 indique le moniteur de contrôle. Encore 6 heures de vols tandis que nous fonçons à 900 km/h vers le Brésil sans réelle impression d’avancer, paradoxe du voyageur aérien pour qui, malgré la vitesse de déplacement, le temps continue de s’écouler lentement.

lundi 29 août 2011

"La fleur de lotus vient au milieu de la boue"

Si vous êtes lecteur régulier de mes petites chroniques, peut-être vous souvenez-vous de celle titrée : « Ne jamais vendre la peau du panda… » (juin dernier), complainte du businessman embourbé dans des négociations chinoises qui semblaient ne jamais devoir aboutir.
Reprenons donc où nous en étions restés, disons au jogging de ce matin sous une pluie légère délicieusement tiède, agréable sensation de courir sous sa douche. Serait-ce un bon présage ?
Cela fait tout de même 2 jours que je suis là en embuscade, planqué dans l’hôtel à quelques centaines de mètres des bureaux de notre contact, près à sortir de ma boite pour essayer d’emballer l’affaire sitôt que Huang, mon coéquipier Chinois me fera signe. En attendant c’est lui qui bosse en face à face avec ses compatriotes selon les « coutumes » locales, échangeant seulement avec moi quelques SMS pour calibrer les termes finaux du contrat. Situation un peu surréaliste. Et à voir sa tête au retour des séances de discussion ça na pas l’air facile.

Nous en sommes maintenant au troisième et dernier jour. Aujourd’hui doit avoir lieu la rencontre décisive avec le Président de l’entreprise. Huang a prévenu :
- Soit nous signons, soit nous échouons définitivement !
Deux autres coéquipiers arrivent spécialement en renfort : un de Shanghai, l’autre de France.
Petit déjeuner de concertation avant le rendez-vous capital prévu à 10h.
9h55, coup de fil de nos interlocuteurs sur le portable de Huang. Ils veulent le revoir seul dans un premier temps. Soit ! Nous le laissons donc repartir seul à la bataille.
Je ronge mon frein installé dans la chambre à lire l’excellent bouquin de Nicholas Taleb « Le Cygne Noir » - sur la puissance de l’imprévisible - en espérant que le titre ne soit pas ici prémonitoire d’une nouvelle désillusion.
10h55, coup de fil de Huang :
- Vous pouvez venir.
Nous partons sans un mot vers le lieu du rendez vous situé au 3ème étage de l’immeuble au coin de la rue suivante.
Salutations chaleureuses suivies d’une tasse de thé. Tout de go on nous colle sous les yeux le contrat imprimé en anglais-chinois pour relecture. Deux petites corrections puis signature expresse ! Photo souvenir et sans plus attendre tout le monde dans le minibus vers le restaurant pour le déjeuner de clôture. Bien que stupéfaits nous sommes évidemment très heureux. Mais qu’avait-il bien pu ne pas marcher la dernière fois ?
- Rien, nous dit Huang. Le Président voulait juste ne pas aller trop vite et tester notre résistance et motivation.
Tu parles, cela faisait tout de même la 3ème fois que nous nous rencontrions. Il est parfois des subtilités qui m’échappent. Mais ne boutons pas notre plaisir.

Nous arrivons au restaurant pour un grand numéro :
Tout le monde est en joie. Connaissant assez bien les usages en de pareilles circonstances, je propose amicalement une règle du jeu prudente :
- Chers amis, pour cette occasion exceptionnelle, je porte un toast à notre nouveau partenariat sans aucun doute porteur d’avenir. Et d'ajouter avec humour : au fait, que diriez-vous qu’à cette occasion nous buvions tous la même chose et surtout au même rythme ? (ceci pour éviter que nos amis Chinois ne nous fasse boire à tour de rôle sans avoir eux-mêmes à accompagner systématiquement les toasts...)
Approbation générale dans une franche rigolade.
A peine installé le Président disparait, laissant ostensiblement ses clés et son portable à sa place. Je suis à droite de la place vide, David à gauche, tandis que nos collègues Chinois sont installés à suivre avec nos clients autour de la table ronde.
Alors que nous attendions du vin, on nous sert au raz bord un premier verre d’alcool de Lotus à 52°. Pas de ces petits verres à eau de vie généralement utilisés pour le digestif, mais un verre à eau. Et si la couleur peut faire illusion, les seules vapeurs suffisent à désinfecter l’atmosphère. Et on commence à trinquer dans un premier temps doucement en attendant le retour du Président. Nous en sommes à la moitié du deuxième verre lorsqu’un gars fait irruption dans la salle, l’air consterné, expliquant que le Président, retenu pour un instant dans une autre salle avec des officiels, a été contraint de faire cul-sec à un verre entier, et qu’indisposé par ce geste héroïque il n’était plus en mesure de nous rejoindre immédiatement… C’est cousus de fil blanc ; nous sommes piégés mais n’avons pas d’échappatoire. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur nous descendons le deuxième verre entre les plats qui arrivent sans discontinuer.
- Mange me dit David. Mange, ça aide à faire passer.
- Tu parles…
La température monte et nous sommes déjà « bien avancés » lorsque le Président revient dans la pièce, s’assoit frais comme un gardon, et fait resservir une tournée générale. Le bougre !
La suite est plus difficile, voire confuse : si je me souviens bien, à la tournée générale en a succédé une autre, puis nous sommes partis pour une petite marche digestive dans un jardin de lotus, un peu titubants, essayant tant bien que mal de ne pas tomber dans les bassins boueux où s’épanouissent ces fleurs magnifiques… Puis retour à l’hôtel, retrouvant le Vice Président, qui avait étrangement disparu, allongé de tout son long et dormant comme un bébé sur la banquette arrière du minibus… effort « surhumain » pour ne pas vomir pendant de trajet, avant que je ne m’effondre enfin sur le lit dans un état que je ne saurais décrire, perdu dans des vapeurs éthyliques nauséeuses.

« La fleur de Lotus vient au milieu de la boue » a dit un jour le poète Chinois.
Faisait-il allusion à la manière dont les plus belles affaires se traitent ici ?

vendredi 26 août 2011

Beer Festival à Qingdao

Sans doute y a-t-il quelques buveurs de bière réguliers dans les lecteurs assidus de mes petites chroniques. A ceux-là je suggère de ne pas poursuivre la lecture de celle-ci. Ils pourraient être déçus et ne plus revenir sur le blog. Ce qui serait dommage pour une simple histoire de bière, cas particulier dont il n’y a vraiment aucune raison de tirer de généralités. Quoi que…

L’action se déroule à Qingdao, sympathique cité balnéaire de 8 millions d’âmes sur la côte nord-est de la Chine donnant sur la Mer Jaune.
C’est encore l’été et dans la journée les familles en villégiature profitent des lieux dans une ambiance bonne enfant.
On s’étale sur la plage ensoleillée d’où émerge la guérite du maître nageur surveillant les baigneurs. Les enfants construisent les châteaux de sable ou jouent au cerf-volant. Au large quelques hors bords rebondissent sur la houle dans des gerbes d’écumes. Ici et là on s’amuse à des jeux de raquette où de ballon, tandis que les garçons roulant les mécaniques reluquent discrètement les jeunes filles aux maillots très pudiques. Peut-être d’ailleurs la seule vraie différence avec la plage de St Brévin les Pin où, au grand plaisir des observateurs attentifs, chacune fait de son mieux pour minimiser les marques de bronzage. Et je ne vous parle pas du front de mer de Copacabana où il devient parfois carrément difficile de distinguer le maillot. Comme si plus on allait vers l’ouest, plus le centimètre carré de bikini coûtait cher. C’est à n’y rien comprendre, sauf à imaginer que payer cher une ficèle libère les filles de toute inhibition…
Mais là je m’rends compte que je m’éloigne du sujet et que les buveurs de bière dont l’intérêt commence à monter sont toujours là. Ce qui, soyons parfaitement honnêtes, n’a rien à voir avec la bière… Tant pis. Vous l’aurez bien cherché.

Chaque année se déroule ici la fête de la bière. Pas une p’tite fête de quartier comme on en trouve fréquemment. Non, du lourd, du solide, du germanique ! Il faut dire que Qingdao fut une enclave Allemande au début du siècle dernier, jusqu’à ce que les Japonais les en délogent manu militari puis qu’elle redevienne chinoise dans les années 20. C’est sous initiative Allemande qu’a été installée une brasserie industrielle, puis est née la fameuse « Tsingtao Beer », célèbre à travers tout l’Empire du Milieu et au-delà vers le Levant.
Si, comme nous l’avons vu, il existe des inégalités culturelles pour les observateurs des filles sur la plage, et que de ce point de vu mieux vaut être Brésilien que Chinois, tous sont égaux devant la bière ; surtout après…

Vous payez donc 20 Yuans (environ 2 €), et accédez à l’enceinte du festival. Au début ça ressemble à une ambiance de fête foraine, mais à y regarder de plus près il y a des signes qui ne trompent pas :
Tout d’abord toutes ces grandes tentes arborant fièrement une marque de bière où l’on fait tout son possible pour retenir le chaland en lui présentant des shows pitoyables, pin-up se dandinant sur des talons aiguille à contre rythme de musiques « traditionnelles » ou du dernier tub à la mode, concours de beuverie (qui boira la pinte en un minimum de temps), vente aux enchère de lots minables, dons de gadgets beaufs en tout genre, tout cela pour le fixer une bonne fois pour toute sur des bancs de bois autour de tables crasseuses et lui faire ingurgiter un maximum de breuvage, sans doute histoire de fidéliser le client. Marques de bières Chinoises bien sûr, mais aussi Allemandes, Hollandaise, Tchèques, sur de ridicules airs de musiques bavaroises ici totalement hors de propos. Mais il faut bien reconnaître qu’après quelques chopes ça n’a plus vraiment d’importance.
Entre les tentes, bien qu’il y ait des stands toilettes, ayant perdu toute notion de dignité, on se soulage comme on peut : messieurs debout se pissant sur les pieds en chantant… mesdames accroupies par terre sans plus de façon…
Plus loin les stands de fête de foraine où ceux qui ont pu aller jusque là vont se faire secouer sur des manèges, histoire de vérifier qu’ils ont l’estomac bien accroché, à moins qu’il ne s’agisse de faciliter une évacuation forcée histoire d’y retourner. Tout cela dans un bruit assourdissant. Vous pensez que l’exagère ?
Histoire de ne rien manquer à la fête, j’achète quant même une canette de bière blanche Allemande à deux jeunes filles déguisées en lapin (allez savoir pourquoi) tenant le stand de la marque. Elle est tiède et je n’arrive pas à finir. M’approchant d’une poubelle pour la jeter, un mince filet de liquide s’écoule à côté. Dans la pénombre une petite fille est en train de faire pipi sous l’œil bienveillant de sa maman…
En ayant assez vu je sorts de l’enceinte du « festival » et tombe sur les mendiants, fait rare en Chine, faisant la manche. Je lâche 10 yuans en me disant qu’eux ont tout compris, presque certains de soudoyer quelques sous aux festivaliers éméchés.

En marchant vers l’hôtel à un kilomètre de là, de la viande saoule hurle des chansons entrecoupées d’invectives incompréhensibles. Vous me direz que c’est normal pour qui ne parle pas le Chinois. On parie que ça n’a rien à voir ?
Ici et là la police tente de gérer une circulation chaotique, entre crissements de pneus et coups de klaxonnes intempestifs. Même s’il est vrai que la législation contre l’alcool au volant s’est ici considérablement renforcée (et je peux réellement témoigner de la sobriété des chauffeurs parmi nos clients) je préfère ne pas avoir à prendre de voiture ce soir.

Dans les couloirs de l’hôtel le personnel tente avec difficulté de calmer quelques individus complètement ivres.
Entrant dans ma chambre au 10ème étage du Kilin Crown j’ouvre la fenêtre. Des notes de musique montent jusqu’à la chambre, airs repris en cœur tel des hurlements sortant du Karaoké provisoire installé au coin de la rue sous le chapiteau d’une brasserie.

Sacrée soirée !

mardi 23 août 2011

Petite conversation sur l'économie du monde...

Bangkok est l’une de ces villes étouffantes où se précipitent en masse les touristes. Je me suis souvent demandé pourquoi, alors qu’il y a tant de lieux de villégiature tellement plus agréables.
Certes il y a le soleil « garanti », l’exotisme bon marché d’une Asie amicale et accessible bien orchestré par les tours opérateurs, les fantasmes de certains hommes… et aussi cette propension qu’on les humains à se regrouper ; dans les villes pour travailler où sur la plage de Saint de Mont pour les vacances. Alors pourquoi pas Bangkok en effet ?

Après les Européens de l’Ouest, ce sont maintenant les Russes qui débarquent en masse. Non pas la riche nomenklatura, ceux que l’on retrouve dans les palaces Parisiens, Londonien, de Nice ou Monaco, mais la classe moyenne, « populaire », tous ces gens pour qui un tel voyage représente déjà une aventure, loin de leurs repères habituels, totalement assistés dans un « tour package » sans surprise où ils en auront pour leur argent.



Terminant la discussion business de notre rencontre, mon interlocuteur - que j’appellerai Robert - et moi nous attablons pour un rapide déjeuner au restau Italien du coin. Pourquoi se priver de valeurs sûres à l’autre bout du monde. Spaghetti aux fruits de mer, peut-être pas très original mais vraiment délicieux. Tandis que nous devisons sur l’état de l’économie mondiale, entre un gros Russe bruyant accompagné d’une « poupée » locale, presqu’une enfant. Ca me coupe l’appétit…
Nous devisions donc sur l’économie mondiale ne pouvant que constater le marasme dans lequel s’englue le monde dit développé face à la montée en puissance de pays émergeants, et le déplacement du centre de gravité vers l’Asie. Evidemment indiscutable cette tendance lourde amenait Robert à quelques remarques intéressantes. La quarantaine rondouillarde, cheveux roux vifs et peau claire, Robert est Américain d’origine Irlandaise mais vit en Asie depuis maintenant 18 ans ; d’abord au Vietnam où il a rencontré sa femme puis maintenant en Thaïlande avec leurs 2 jeunes enfants. Ce métissage culturel lui donne un point vu intéressant sur la marche du monde qui bien que subjective mérite attention.
- Tu sais me dit-il en substance, je ne suis pas si optimiste que cela concernant les économies émergeantes, et pas si pessimiste que cela concernant l’Europe et les USA. Il reste aux pays émergeants encore énormément de chemin à parcourir.
Et tandis que j’opine, d’ajouter :
- Les racines profondes, la culture générale, l’ouverture ou monde, ils sont encore loin. Bien sûr ils voient leurs conditions matérielles s’améliorer, mais il reste une importante marche à franchir.
J’étais en Angleterre il y a quelques semaines. Dans une usine de transformation de volaille je discutais avec les opérateurs. Et il me rappelait ce que nous leur devions à eux, les « ouvriers ». Et bien tu vois, ici ça peut pas arriver. Faute d’éducation les gens sont trop dociles au travail. Ils exécutent mais ne réfléchissent pas. Une bêtise, même s’ils la voient, ils la reproduiront 100 fois si personne ne leur demande de corriger, de peur de prendre une initiative malheureuse.
- Et où veux-tu en venir ?
- Et bien je veux dire qu’en Europe ça n’arrive plus. Les gens revendiquent, manifestent, protestent en défendant leurs prérogatives – là les français vous êtes champion du monde – mais sont concernés par ce qu’ils font, le font savoir et veulent en toucher les dividendes. C’est toute la différence. Et tu vois, nous en sommes encore ici au « servage ». Quelques dirigeants d’entreprises « intelligents » l’ont bien compris et en profitent, voir en abusent à leur avantage. C’est ce qui se passait en Europe il y a un siècle.
- Je suis d’accord, mais en quoi cela doit nous permettre de rester optimiste de l’autre coté du monde ? Car il est bien évident qu’ils n’en resteront pas là.
- Et bien tu vois, nous sommes ici l’usine du monde ou des centaines de millions de petits bonshommes exécutent en masse des taches de bases à faible valeur ajoutée. Le seul avantage se situe au niveau du coût horaire. « L’intelligence » est encore de l’autre coté du monde, là où sont imaginés et conçus tout ces produits et services innovants.
- C’est vrai lui dis-je, mais en même temps tous ces petits bonshommes s’enrichissent, consomment et contribuent à faire tourner la machine économique.
- D’accord ajoute Robert, le concept d’Henri Ford, faire que ses propres ouvriers deviennent ses meilleurs clients. Et pendant ce temps là, pendant qu’ici nous produisons, en Europe et aux USA de plus en plus de gens prennent le temps de réfléchir et d’inventer l’avenir. A ton avis où se trouve la vraie valeur ajoutée ?
- Tout à fait d’accord avec toi Robert, encore faut-il que chacun en ait bien conscience et veuille faire l’effort d’aller dans cette voie de la valeur ajoutée par l’innovation, la culture, la formation, l’effort intellectuel !
- Hé Fred, que faites-vous dans votre Groupe ? Que viens-tu me vendre ? Des canards, des poulets, où le travail génétique que vous y faite ?

Je réponds d’un sourire entendu, et sur ce nous concluons le rendez-vous.

Repartant vers mon hôtel je me dis que nous tenons là un partenaire convaincu et que peut-être notre groupe est sur une bonne direction.

dimanche 21 août 2011

Un américain à Shanghai

Shanghai a quelque chose de New-York ou San-Francisco, mégapoles côtières où des gens du monde entier se croisent dans une sorte de frénésie trépidante, mélange de cultures, incroyable melting-pot où se côtoient habitants de la cité, businessmen pressés, touristes en tout genre, dans une ambiance électrique dégageant une incroyable énergie positive.

J’y retrouve mes équipiers européens et américains pour une importante négociation avec un très grand groupe agro-alimentaire Asiatique (20 milliards de $ de chiffre d’affaires). Le Président en personne sera là, il s’agit de ne pas se louper. Nous avons tous un peu la pression, mais peut-être moins que nos interlocuteurs habituels au sein de la société pour qui la venue de leur Président est un enjeu considérable…
- Selon son intérêt, notre Président peut participer à la réunion une demi-heure ou trois heures nous avait t’on prévenu !
Nous étions avertis. A la surprise et satisfaction générale il restera six heures avec nous, preuve de son grand intérêt pour le projet.

Alors que nous avions été briefé sur le « dress code » requis pour la rencontre – costume cravate (je ferai personnellement l’impasse sur la cravate) – arrivant de Chicago un peu décalés et pensant faire un court arrêt à l’hôtel avec la réunion, sans le savoir nos collègues américains rejoignent directement le meeting à leur sortie de l’avion, pas rasés, en jeans froissés.
La surprise s’ajoutant à la fatigue ils ressemblent à deux adolescents qui auraient fait une grosse bêtise. Pas de lézard, tout le monde a bien compris la situation plutôt cocasse qui ajoute à la décontraction de l’atmosphère.

Pour Mark, solide Américain débarquant de l’Iowa, c’est le premier voyage en Chine. Tandis que nous allons dîner avec nos hôtes il se confond en excuses. J’ai beau lui expliquer qu’il n’y a vraiment aucun problème, je crois qu’il pense que j’en rajoute.
Pendant le repas je ne peux m’empêcher de sourire de ses yeux d’enfant découvrant un monde aux antipodes de ses repères habituels. Manger à la baguette légumes croquants, poisson et crevettes à la vapeur n’a rien de commun avec le sirloin steak de 400 grammes accompagnée de la grosse pomme de terre à la crème engloutis au steak-house de son quartier ; mais il s’en sort plutôt bien.

Le lendemain, au terme d’une excellente matinée de travail entre notre équipe et celle de nos partenaires, nous décidons de rentrer à l’hôtel à pied, convaincus que c’est « la porte à côté » ; Pieter et moi en tête, Jim et Mark suivant derrière.
Arrêt au Starbuck Café du coin. Mark reprend des couleurs dans cet environnement qu’il connait. Nous allons même jusqu’à manger un hamburger au Mac’Do face à la Pearl Tower (l’équivalent local de notre Tour Eiffel) pour le mettre parfaitement à l’aise. Du coup il est complètement sous le charme, fasciné par cet environnement ultra moderne aux antipodes de l’image de la Chine traditionnelle, véritable révélation de ce qui se passe ici, lui qui débarque de sa toute puissante Amérique.

Nous marchons depuis plus d’une demi-heure sous un soleil de plomb, avec 90% d’humidité, transpirant comme des coureurs de 10 000 m. Bien que convaincus de ne pas être bien loin de l’objectif, entre les spectaculaires perspectives verticales se reflétant sur les façades de verre cristallin des tours du quartier d’affaire, à l’évidence nous sommes bel et bien perdus. Je sens Mark légèrement stressé par cette situation plus comique qu’autre chose lorsque nous essayons avec difficulté de demander notre route à quelques jeunes gens passant par là.
- It’s amazing (c’est étonnant) ne cesse t-il de répéter. Amazing ! Amazing !
Nous finissons par retrouver l’hôtel…
C’est vrai que c’est étonnant et il n’est pas au bout de ses surprises.

Le soir je propose à mon équipe une petite sortie sur Nanjing Road, les Champs Elysée local.
- Taxi ? propose prudemment Mark…
Je lui réponds métro et observe avec amusement son étonnement.
Tandis qu’à la borne automatique nous achetons les tickets pour la station « People Square », j’entends les commentaires étonnés et admiratifs sur la propreté des lieux de mes amis Américains.

People Square Station : direction la sortie par un dédale de couloirs impeccables. Quelques marches puis sortie sur l’esplanade donnant sur Nanjing Road.
Mark est sous le choc, ébloui par les flashes électriques de milliers d’enseignes lumineuses mutlicolores.
- Ouah, plus impressionnant que Time Square (à New York) lâche t-il !
Avant d’ajouter :
- Et tous ces gens. Ils sont des dizaines de milliers, des centaines de milliers ! Tous jeunes. T’as vu, dans cette foule on compte les vieux sur les doigts de la main !

Le lendemain après-midi nous roulons vers l’aéroport. Je partage le taxi avec Mark qui rentre vers Chicago tandis que je poursuis mon voyage asiatique vers Bangkok.
Mark a le mot de la fin :
- Fred, la puissance change de côté, c’est ici que ça se passe maintenant.
Même pas peur de Jackie Chan Mark !