dimanche 3 mai 2026

"La Lance Amstrong Spéciale" d'Alex

Alex avait promis quelque chose de spécial. Il n’avait pas menti. Sur l’écran de son Garmin le tracé s’affichait comme une évidence : La Lance Armstrong Spéciale. Rien que le nom porte en lui une forme de légende, un parfum d’excès et de gloire passée. Car c'est ici, autour de Gérone, que le champion déchu venait affûter sa condition physique. Et il faut bien reconnaître que le décor s’y prête car nous sommes à la Mecque du cyclisme.
Dès les premiers kilomètres, on comprend. Sur des routes parfaites serpentant entre mer et montagne, on croise de nombreuses équipes cyclistes roulant à vive allure. L’asphalte est lisse, les virages propres, les paysages ouverts. Et surtout, les voitures, rares, respectueuses, bienveillantes. Ici, le cycliste n’est pas un intrus. Il fait partie du paysage, au même titre que les oliviers ou les murets de pierre sèche.

Après la grosse journée d’hier les jambes répondent bien. La météo est idéale avec, entre les nuages, ce soleil de printemps qui caresse sans écraser. On roule facile, presque léger, comme si le corps s’était mis d’accord avec la route. Au détour d’un virage on croise l’équipe féminine de Rwanda telles des gazelles légères et multicolores sur leurs machines. 
Puis, sans prévenir vraiment, se dresse devant nous le col « El Ángel ». Six kilomètres annoncés, une pente moyenne flirtant avec les 10 %, et quelques ressauts à 12 pour rappeler qui commande.
On s’y attaque avec enthousiasme.
Le rythme se pose naturellement. Souple mais engagé. Les jambes tournent rond, le souffle bien calé. C’est presque confortable, si tant est que ce mot ait un sens dans une pente pareille. On grimpe avec application, chacun dans sa bulle, concentré sur ce mouvement simple et essentiel : pousser, tirer, respirer.
Telles des fusées, deux silhouettes surgissent par l’arrière et nous dépassent au son caractéristique du roulement des pneus montés sur des roues en carbone. La classe absolue de corps affûtés sur des vélos affolants de technologie. On les regarde s’envoler devant nous sans résister. Nous ne jouons pas dans la même catégorie mais cela n’a aucune importance. Car nous sommes bien. Intensément bien.
Au sommet, l’effort s’efface d’un coup, remplacé par cette agréable sensation d’avoir mérité ce que l’on voit : une perspective unique jusqu’à la mer magnifiée par une lumière presque liquide, un horizon qui respire. Nous sommes aux anges, littéralement, au sommet des anges.

La descente est une folie contenue. La route déroule, appelle la vitesse, mais nous restons prudents. Et mes freins à patins n’ont pas la morsure des disques modernes. Alors je compose, anticipe, module. Peu importe. L’objectif n’est pas de battre un record mais de savourer cette sensation de glisse dans l’air. Chaque virage, chaque instant suspendu entre deux appuis.

En bas, le temps reprend son cours tranquille. On s’arrête déjeuner dans un petit restaurant, simple et parfait, où le goût des choses semble amplifié par l’effort accompli.
Puis il faut repartir. Le ciel se charge. Les averses sont annoncées. Alors on appuie, franchement. Les kilomètres défilent, le rythme s’élève, presque joueur. Je m’accroche à Alex. Une dernière accélération, un dernier souffle pour retrouver notre Gemini aux premières gouttes.

Encore une bien belle journée, de celles qui rappellent pourquoi on monte sur un vélo juste pour le plaisir.
Vive le sport !

samedi 2 mai 2026

Cocher la case !

Au douzième kilomètre d’ascension, il n’y a plus de place pour le doute. La pente se raidit sans prévenir, franchit les 10 % comme une ligne invisible derrière laquelle tout bascule. Jusqu’ici, on roulait encore. À partir de là, on lutte. Nous sommes à mi-pente, et la pluie s’est invitée sans élégance, fine mais persistante, s’infiltrant partout, dans les gants, sous le casque, jusque dans les pensées.
Le cardio grimpe à 170 comme un seuil critique. Le souffle devient court, presque sonore, rythmant chaque coup de pédale. 11, 12, 13… puis 14 % de déclivité. Les chiffres défilent sur le GPS Gamin comme autant de défis jetés à la figure. C’est raide, brutal, sans concession.
Il n’y a plus de paysage. Ou plutôt, il y en a un, mais il se dérobe. La montagne s’est refermée dans un brouillard compact, une ouate grise qui efface les perspectives comme pour mieux nous centrer sur l’effort. Hier encore, les vallées s’ouvraient sous nos roues, et Alex menait l’allure avec cette facilité désarmante. Aujourd’hui, les rôles se sont inversés. C’est moi qui ouvre la voie, concentré sur cette mécanique fragile qu’est le corps en effort : rester dans le geste, ne pas lutter contre la pente, mais l’accepter. Trouver ce point d’équilibre où la douleur devient presque abstraite. Détendre les épaules, relâcher les bras et les mains, respirer profondément, tourner les jambes à la bonne fréquence, encore et encore. Comme un métronome intérieur.
Par moments, le besoin de varier s’impose. Se lever, passer en danseuse, arracher quelques mètres à la gravité. Le vélo danse, les bras tirent, les jambes poussent. Une relance, puis deux. Et très vite, revenir s’asseoir, retrouver un semblant de cadence en soulageant ce qui peut l’être.

Les épingles s’enchaînent, serrées, presque identiques. Chaque virage promet une respiration… qui n’existe pas. On grimpe maintenant à l’arrache. Sans élégance, mais avec détermination.
« Plus que 4 kilomètres », lance l’un de nous, sans trop savoir si c’est pour motiver l’autre ou se convaincre soi-même. Dans ces moments-là, les mots comptent peu. Mais ils portent, s’accrochant à l’effort comme des balises.
Echouer n’est plus une option. Pas ici. Pas maintenant. Alors on s’encourage, on s’invective presque, dans un mélange de fatigue et d’énergie brute. Chaque kilomètre arraché est une petite victoire. Chaque panneau dépassé un soulagement éphémère.
Et puis, presque sans prévenir, la pente se radoucit. L’altimètre affiche 2220 mètres. Fin de la route. Une ligne invisible franchie, une promesse tenue. Nous y sommes. A peine esquissé la plateforme de Vallter 2000 apparaît sous une pluie glacée. Peu importe. La beauté est ailleurs. Dans ce que nous venons de traverser. Dans cette ascension rude et partagée.
On s’arrête. On se regarde. Un sourire suffit et une simple photo pour cocher la case de cet objectif. 

 

vendredi 1 mai 2026

La bosse du 82ème

La bosse du 82ème kilomètre surgit presque sans prévenir, comme une dernière question posée au corps avant la conclusion. Pas la plus longue, ni la plus dure, mais ce parfum particulier des efforts de fin d’étape, quand les jambes commencent à piquer et que chaque pourcentage de pente semble un peu plus exigeant que le précédent. C’est l’avant-dernière difficulté de cette boucle dans l’arrière-pays catalan, et elle porte en elle tout ce que la journée a déjà offert.

Depuis le départ, les petites routes se déroulent comme un fil discret à travers une campagne généreuse. Les bas-côtés débordent de fleurs, éclats rouges, jaunes, violets, qui accompagnent le rythme régulier des coups de pédale et le cliquetis de la chaine. Les parcelles agricoles, d’un vert profond en cette saison, dessinent le patchwork apaisant et généreux d’une terre nourricière, comme si elle-même respirait sous le soleil printanier.
Puis viennent les forêts. D’abord diffuses, puis enveloppantes. Mille autres nuances de vert, du plus tendre au noir le plus sombre, captent la lumière en fragments mouvants. On s’y glisse comme dans une parenthèse fraîche striée par les rayons du soleil, où le souffle se fait plus calme, où le monde extérieur semble suspendu. Le vélo n’est plus alors que le simple trait d’union entre le corps et le paysage. Au bénéfice de l’âge, dans les lignes droites je profite de l’élan d’Alex pour m’abriter du vent et revenir rouler de concert avec lui dans les montées où nous papotons quand le souffle le permet encore.
De part en part, les villages apparaissent posés dans le décor comme des témoins d’une autre époque. Quelques maisons remarquables racontent une prospérité passée ancrée dans la pierre. Certaines ont subi les outrages du temps tandis que d’autres renaissent sous l’impulsion de nouveaux propriétaires leur redonnant éclat et présence pour des résidences secondaires devenues d’exceptionnel refuges chargé d’histoire.

Arrive la pause rituelle. S’arrêter après 60 km d’engagement physique pour un café et savourer un croissant, au cas où, comme une précaution douce face aux kilomètres restants. Ces instants suspendus comptent autant que les kilomètres. On y refait le monde en observant les gens du coin tout en essayant de capter les bonnes ondes de l’endroit.
Et l’on atteint la bosse du 82e rappelant que rien n’est tout à fait acquis. On la franchit pourtant avec l’énergie tranquille que donne la perspective de l’arrivée. Derrière, restent encore quelques kilomètres pour boucler la belle étape : 92 au total, 1 000 mètres de dénivelé. Rien d’exceptionnel mais beaucoup de plaisir.
L’entrée dans Bagnoles se fait alors en douceur, les jambes encore légères et étonnamment disponibles, comme si elles avaient gardé en réserve une part d’élan pour de défi de demain. Plus grand, plus haut, « Vallter 2000 », plus de 22 km d’ascension, l’un des plus grands cols pyrénéens du versant espagnol. Une promesse suspendue au-dessus de l’horizon.



jeudi 30 avril 2026

Premier braquet sous Montserrat

Aéroport de Barcelone en fin d’après-midi : dans le va-et-vient de voyageurs pressés et d’annonces métalliques, Alex surgit depuis Vienne en poussant sa boîte à vélo tel l’écrin d’un instrument rare. Il avance avec cette précaution presque cérémonielle du violoncelliste accompagnant son Stradivarius, attentif au moindre choc, à la moindre aspérité du sol. J’avoue être un peu impressionné. Le vélo n’est pas encore monté qu’il impose son rang. Une machine moderne, parfaitement ajustée à ses mesures, prolongement naturel du corps autant qu’objet de désir mécanique. C’est une chance qu’il ait pu l’amener après un petit pépin mécanique de dernière minute, et peut-être aussi un signal : la belle échappée catalane commence sérieusement.

Nous improvisons un bivouac sans grand charme sur un petit parking à proximité de Montserrat. Le décor immédiat n’a rien de romantique. Mais au-
dessus de nous, tout change. La montagne se dresse, presque irréelle, sculptée comme un orgue minéral posé contre le ciel. Ses aiguilles de roche veillent dans la lumière déclinante. Le parking en devient presque acceptable. On dort au pied d’un écrin rocheux de toute beauté, avec cette excitation discrète des départs.

Aujourd’hui, c’est notre tour d’échauffement. Ni trop long, ni de trop violent, juste assez pour réveiller les jambes, régler les selles, ajuster les cales, écouter les bruits suspects, vérifier que les corps et les machines acceptent de dialoguer. 
Les premiers tours de pédale sont légers. L’air est frais, le soleil de printemps déjà franc, mais encore tendre. On glisse hors des zones habitées comme on entre dans un tableau. L’arrière-pays catalan prend alors des allures de Toscane. Les petites routes serpentent entre les reliefs, montent sans brutalité, replongent dans des creux ombragés, contournent des parcelles de vigne, frôlent des bois clairs où la lumière se fragmente. Les bas-côtés sont en fleurs. Des prairies de coquelicots éclatent par nappes rouges, mêlées aux herbes hautes, aux marguerites, aux plantes sauvages que le printemps abandonne généreusement au bord du chemin. Tout semble respirer. Nous aussi.

Les corps se mettent en mouvement avec prudence d’abord, puis avec gourmandise. Une petite côte réveille les cuisses, une relance fait monter le souffle, une descente libère les épaules. Le vélo produit son miracle simple : cette impression de voler sans quitter terre. Le paysage ne se regarde plus seulement, il se traverse, s’absorbe, passe dans les poumons, dans les mollets, dans le sourire.

Soixante-dix kilomètres, un peu moins de 1000 mètres de dénivelé : juste assez pour se mettre en jambes, pas assez pour s’abîmer. Une journée de réglage parfait, avec, à l’arrivée, un petit bar-restau ou l'on engouffre un sandwich accompagné d'un café serré. Rien de plus. Tout est là.

Demain sera plus long, plus engagé.

mardi 28 avril 2026

La belle échappée Catalane : préambule

Partir pour une semaine de vélo en Catalogne, avec son fils, en van, avec en toile de fond les Pyrénées et la côte méditerranéenne, voilà sur le papier un programme difficile à refuser. Rien que l’idée suffit à faire monter une petite musique intérieure : celle des départs, des routes qui s’ouvrent, des matins frais, des cafés pris debout sur un parking encore désert, des pneus que l’on gonfle avant de s’élancer.
Et pourtant, je l’avoue, derrière l’enthousiasme se glisse une légère appréhension. Une génération nous séparent. Trente ans de différence dans les jambes, dans le souffle, peut-être dans la capacité à relancer après un virage, à encaisser un col, à repartir le lendemain comme si de rien n’était. Vais-je avoir « la caisse » ? Vais-je réussir à l’accompagner sans devenir ce poids discret que l’on attend gentiment au sommet ? Le père a beau vouloir tenir son rang, en vélo on ne triche jamais.
Il y a aussi la question du matériel. Alex arrive avec une machine de son époque : cadre carbone dernier cri, freins à disques hydrauliques, dérailleur électronique. Précision chirurgicale. Le mien a déjà une décennie au compteur. Carbone aussi, certes, mais d’une génération plus tactile, presque sentimentale. Un peu vintage dirons-nous avec élégance, avec ses freins à patins et son dérailleur Shimano classique …
En vélo, on aime aussi répéter que le cycliste fait la différence, pas la machine. C’est vrai. Enfin, jusqu’à un certain point. Car lorsque la pente se cabre, que le vent s’invite ou la fatigue s’installe, on se surprend tout de même à regarder avec envie les merveilles de technologie du coéquipier.

Gemini chargé de l’essentiel, frigo plein, tenues de sport rangées dans les coffres, vélo soigneusement arrimé, je roule vers Barcelone pour récupérer Alex à l’aéroport. Le van sera notre base mobile, refuge, vestiaire, cuisine, notre roulotte posée au bord de l’aventure.
Demain nous choisirons le parcours idéal, quelque part entre plaine et montagne, entre la douceur méditerranéenne et les contreforts pyrénéens. Quelques beaux cols en perspective, des routes côtières superbes, ces rubans d’asphalte suspendus entre mer et falaises, et cette lumière catalane qui donne aux paysages une intensité particulière.
Jeudi, notre premier jour de roulage servira d’échauffement. Officiellement, pour régler le matériel. Officieusement, pour jauger les jambes... Les vélos modernes sont aussi sensibles que de l’horlogerie – un bruit de chaîne, un frottement de disque, une pression de pneu – toute la mécanique du plaisir demande à être ajustée et les corps mis en mouvement.
Puis viendra la belle chevauchée catalane, père et fils, chacun son vélo, chacun son rythme peut-être, mais la même route devant soi. J’ai hâte.

 

jeudi 9 avril 2026

Le plus beau voyage du monde

 

Y a-t-il plus belle image que celle de Christina Koch en contre-jour, boucles châtains en bataille, contemplant le lever de Terre sur l’horizon lunaire à travers le hublot du vaisseau Integrity ?
Tout est là, dans ce regard suspendu entre deux mondes. Une femme seule face à l’infini, témoin privilégié d’un spectacle que l’humanité tout entière ne peut qu’imaginer. Dans la lumière crue de ce hublot, nous percevons à la fois l’intime et le vertigineux. Et comme une respiration dans un ciel d’encre, ce délicat croissant de terre montant sur l’horizon sélène. Magique !

Il a quelques jours, une femme et trois hommes, à bord d’une capsule spatiale à peine plus grande qu’un van de voyage, ont été propulsés vers notre satellite naturel par la plus puissante fusée jamais construite. Une poussée brute pour s’arracher à l’attraction de notre monde vers la Lune, à plus de quatre cent mille kilomètres. 
Mais la mission Artemis II est bien davantage qu’une simple prouesse technique. C’est une trajectoire symbolique, un grand huit cosmique, contournant la face cachée de la Lune, traçant une boucle parfaite entre passé et futur. Une répétition générale avant les alunissages anticipés, si tout va bien, pour 2028. 
Au long de cet odyssée, d’un côté la Terre s’éloigne, oasis de 8 milliards d’humains, petite sphère flottant dans le noir absolu. Presque irréelle.
De l’autre, la Lune se rapproche. Silencieuse, austère, présence minérale qui impose le respect dans sa « magnifique désolation. »
Puis vient le moment inédit de la bascule derrière sa face cachée. Pendant de longues minutes, communications interrompues avec le centre de contrôle, plus de lien avec le reste de l’humanité. Le vaisseau disparaît dans le vide intersidéral. Minutes suspendues avant le spectacle d’une rare intensité émotionnelle que seuls quelques humains ont pu contempler : d’un seul regard le croissant de Terre se levant sur l’horizon lunaire, lumineux, délicat, presque irréel, telle la promesse du berceau de notre espèce.

Avant eux, seulement les pionniers du programme Apollo avaient pu vivre une telle émotion. Un demi-siècle, deux générations de progrès, d’hésitations, de priorités changeantes pour revenir à ce point précis de notre destin collectif. 
Nous y sommes, et cela fait tellement de bien dans la fureur du monde actuel.

jeudi 26 février 2026

Sacrée étape !

La ville toute entière s’est organisée autour d’une seule respiration. Nous pourrions être à Lhassa, La Mecque, Jérusalem, où la spiritualité ne se contente pas d’habiter l’espace, mais le structure, le modèle, le monopolise.
Partout, les hôtels portent des noms bibliques. Saint-Jacques, Sainte-Bernadette, Notre-Dame, Ange Gardien… Omniprésentes, les enseignes lumineuses des marchands du temple se succèdent comme un chapelet d’invocations proposant aux pèlerins, statues de vierges phosphorescentes, icônes de Sainte Bernadette, chapelets multicolores, fioles d’eau bénite, cierges de toutes tailles. Économie bon marché du sacré, surfant sans complexe sur la dévotion des fidèles.
Nous divaguons vers le Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes, cœur battant de la ville où convergent des croyants du monde entier : familles BCBG ou pas, groupes chantants, malades en fauteuil roulant, religieuses en habits, prêtres en soutane. Toutes les langues se croisent, peut-être aussi toutes les douleurs, mais également toutes les espérances.
Entrainés par le mouvement, nous entrons dans la cathédrale. Comme à chaque passage dans une église, nous allumons, tel un rituel qui nous relie peut-être, une petite bougie à la mémoire de ceux qui nous ont quittés.
-    Et pourquoi ne pas en allumer aussi pour les vivants ? Et pour nous ? me lance Flo, avec cette évidence pratique qui la caractérise. Elles seront peut-être aussi utiles...
Je souris tant elle a raison. 
Fortifiés par cette action (de grâce) pétrie de bon sens, nous reprenons notre déambulation vers la Grotte de Massabielle. De tous âges et tous horizons, des hommes et femmes de foi s’y recueillent avec une ferveur dont les ondes presque perceptibles ont quelque chose d’apaisant.
Portés par le flux des visiteurs, nous faisons le tour de la grotte en caressant le rocher poli par les millions de mains qui nous ont précédés, geste répété à l’infini dont la pierre se souvient et qu'elle imprime dans les mémoires.

Quittant doucement ces lieux sacrés, nous rejoignons le Gemini à pied
Nous sentons-nous meilleurs ? Peut-être simplement un peu plus reliés au monde et à ceux qui nous entoure, 
en tout cas plus déterminés que jamais à poursuivre notre quête de bonheur terrestre.