Il y a quelque chose de profondément agréable à partir de bon matin, sans véritable objectif, simplement avec un vélo de sport et l'envie de se laisser guider. Une route choisie presque au hasard longe le lac de Vouglans. Enfin... longe est un bien grand mot. Car le lac est là, tout proche, et pourtant on ne le voit presque jamais, et en tout cas pas tout de suite. La route serpente dans la moyenne montagne jurassienne aux allures douces. Les paysages alternent entre parcelles brûlés par un soleil déjà implacable et sous-bois où l'ombre offre un répit bienvenu. À chaque virage, la présence du lac se devine plus qu'elle ne s'observe. Une fraîcheur imperceptible, un silence particulier, une sensation diffuse rappellent qu'une immense étendue d'eau accompagne discrètement le voyage.
Difficile d'imaginer qu'avant les années 1960, rien de tout cela n'existait. Le barrage de Vouglans, construit au terme de plus de dix années de travaux, a profondément remodelé la vallée, englouti des villages, déplacé des routes et transformé durablement les écosystèmes. Puis la nature a repris ses droits, au point que l'on oublie presque que ce paysage est, lui aussi, une création humaine.
Le parcours ne laisse que peu de répit. Les montées dépassent régulièrement les 9 %, parfois sur plusieurs kilomètres. À cette heure matinale, les jambes répondent bien. Puis viennent de longues descentes où le vent remplace presque l'effort, et l'on se laisse porter, simplement heureux d'avancer.
À midi, un petit restaurant de village offre une halte idéale. La cuisine est aussi généreuse que la patronne. On en profite pour papoter en refaisant le monde et sur ce que l’avenir nous réserve.
Puis l'on repart avec cette agréable satiété des repas simples mais sincères.
L’heure n’est pas favorable à l'effort sous la canicule accentuée par le vent chaud remontant du sud.
Opportunément une longue descente se présente. Position aérodynamique, mains en bas du guidon, et la vitesse grimpe. Cinquante... soixante... soixante-cinq kilomètres à l'heure. L’air siffle dans les oreilles, les arbres défilent comme derrière les fenêtres d’un train. Rester concentré, gérer les virages en souplesse pour ne pas risquer la chute, en se disant que les meilleurs coureurs du Tour de France roulent à près de 60 km/h, sur le plat… pour dépasser 100 km/h en dévalent ces cols. Une autre dimension.
Encore quelques kilomètres d'une dernière montée pour rejoindre le Gemini stationné au belvédère dominant le barrage. Le lac indigo apparaît ici dans toute son immensité, comme s'il avait attendu la fin de l'effort pour se dévoiler complètement.
Il est temps de refermer cette parenthèse sportive. Le vélo retrouve son porte-vélos, la chaleur invite à la sieste.
