vendredi 10 février 2012

Ascension du Cerro Bonnete - 5050 m

Ce matin réveil de bonne heure pour une ascension d’acclimatation haute altitude. Départ du camp de base n°1 pour un « petit » sommet à proximité : Cerro Bonnete, 5050 m.

La progression démarre doucement, sous la pleine lune, par une transversale de la vallée glacière à proximité du camp, avant de s’élever doucement vers l’objectif, un sommet rocheux évoquant vaguement une forme de bonnet.
Temps magnifique, températures largement négatives sous les zones d’ombre tandis que les sommets prennent des teintes étincelantes illuminés par la lumière du levant.
Dans un air absolument immobile le silence assourdissant est de celui des déserts ou des cathédrales, presque mystique.
Descendant des sommets, une cascade figée par la glace scintille au soleil. En s’approchant, l’écoulement de l’eau sous la glace de surface joue une petite musique légère et naturelle.
Nous progressons doucement sur des pentes pierreuses dans un environnement minéral absolu où glace et roches mêlées dans de subtiles nuances de brun, noir, gris, bleu, blanc donne au paysage une puissance brute de commencement du monde.

Avec l’altitude la respiration se fait plus difficile. Surtout ne pas manquer une expiration rythmée sur chaque pas, au risque de s’essouffler immédiatement.
4810 m, sur sommes à l’altitude du Mont-Blanc. Comme un fait exprès, sur notre droite apparaît un « fossile » de glacier niché au creux d’un repli du relief. Etonnamment la glace a fondu en laissant sur place d’étranges et imposantes pointes verticales, comme des statuts coiffées de chapeaux pointus et drapés de longues aubes blanches, d’où leur nom, les « Penitentes ».

Nous ne sommes plus qu’à 100 m du sommet. L’effort devient plus intense mais l’objectif ne peut nous échapper. Puis l’horizon se dégage sur 360°. Nous y sommes. Magnifique vision panoramique du massif de l’Acongagua totalement dégagé sous un ciel d’une profondeur exceptionnelle, dégradé du blanc marquant la ligne d’horizon vers un gris subtil glissant au bleu ciel, puis indigo. Pas le moindre nuage. Pas un souffle d’air. Pas un bruit. Nous approchons du paradis.




jeudi 9 février 2012

Camp de base n°1 Mulas - 4400 m

Le camp de base ressemble un peu à une base d’exploration internationale. Il y a la tente des Russes, celle de Chinois, des Allemands, des Polonais, la nôtre… Ambiance cosmopolite d’équipes qui poursuivent le même quête du Graal, fouler le sommet des Amériques.Nous sommes sur une autre planète : l’air est rare, les nuits glaciales et transparentes, la lumière du jour incandescente obligeant à ne jamais quitter nos lunettes de glacier et protéger le moindre centimètre carré de peau, au risque de brûlures aigües.
Ambiance technique aussi pour affronter les conditions extrêmes qui nous attendent : tenues grand froid, chaussures de haute montagne, crampons, sac à dos dernier cri, tentes d’altitude à toute épreuve, « centre de communication » par satellite grâce auquel j’ai le plaisir de partager avec vous ces petites chroniques en live tout en gardant le contact avec le bureau. J’adore la technologie !
Ambiance sérieuse également, où l’on ressent la concentration de chacun : ne rien laisser au hasard qui puisse entraver la progression de l’expédition. Un peu de stress enfin au moment des tests médicaux. Ici le cerveau marche un peu au ralenti. Tout du moins au début j’espère… comptant sur votre indulgence quant au style sans doute un peu approximatif d’une narration de haute altitude écrite en directe.


Demain nous allons tenter un 5000 m : le « Cerro Bonnete », puis retour au camp de base. Certainement une belle journée en perspective.

mercredi 8 février 2012

Longue marche d'approche

La journée promettait d’être longue, elle le fut : 9 heures de marche et 1100 mètres de dénivelés positifs depuis Confluencia vers Mulas (4400 m), camp de base pour l’Ascension de l’Aconcagua, presque l’altitude du Mont-blanc.

Départ à 7h30, au lever du soleil. Température proche de zéro. Nous nous engageons dans une large vallée contournant le massif de l’Aconcagua par l’Est. Nos ombres s’étirent devant nous comme pour indiquer la direction à suivre. Le fond de vallée recouvert de gros graviers blanc-jaunes sur lesquels poussent de maigres touffes ressemble à ces grandes plaines désertiques sahariennes, à la nuance près qu’ici les bords culminent à près de 5000 m.
Le soleil monte sur l’horizon et la température s’élève rapidement en même temps qu’un fort vent de face soulevant une désagréable poussière qui s’immisce dans les narines et la gorge, rendant la respiration plus difficile.
Nous avançons à petits au creux de cette interminable vallée en pente douce, buvant régulièrement pour ne pas se déshydrater dans cet air sec. Au-dessus de nos têtes le ciel d’un bleu profond, presque noir, contraste avec l’extrême intensité d’une lumière aveuglante si nous n’étions protégés par nos lunettes de soleil type glacier.
Pause déjeuner à 13h30 vers 4000 m d’altitude. Bruno commence à ressentir quelques effets désagréables de l’altitude : quelques vertiges et une légère nausée. Somme toute rien que de très banal pour quelqu’un qui découvre cette 3ème dimension.
Nous reprenons notre progression sur une pente plus accentuée. Rapidement le camp de Mulas apparait au loin au pied d’un impressionnant glacier descendant d’une ligne de crêtes au Nord-Ouest. Il semble à portée de main, si proche et si loin…

Nous avançons à pas de fourmis, pas et respiration cadencés. La vallée devient plus étroite. A notre gauche un torrent boueux descend bruyamment du glacier charriant avec lui des tonnes de rochers arrachés à la montagne. Les dernières centaines de mètres en faux plat nous amènent directement au camp de base de Mulas, sorte de base « lunaire » où transitent les grimpeurs pour quelques jours d’acclimatations avant l’attaque vers les camps supérieurs.


Acclimatation

Petite nuit pour ce premier bivouac. En fait nos duvets d’altitudes sont beaucoup trop chauds compte tenu de la température extérieure encore clémente en cette saison. 4° cette nuit pour des duvets prévus à moins 20° en température de confort… Pas facile de trouver son aise : trop chaud fermé, trop frais ouvert. Un détail qui devrait vite se régler…

Nous débutons notre marche d’acclimatation vers 9h après un copieux petit déjeuner. Départ tranquille au creux d’une vallée d’altitude montant doucement vers la face sud de l’Aconcagua. A cette heure encore matinale la lumière rasant les lignes de crêtes donne au paysage de belle couleurs chaudes entre les zones d’ombre encore gelées. Ecarts de température saisissants lorsque la caresse du soleil est encore masquée par les reliefs environnants. Nous marchons doucement, dans un silence à peine rompu par le crissement de nos pas sur les cailloux et le gazouillement matinal des oiseaux, longeant le torrent qui s’écoule du glacier en amont. De temps à autres des effluves sulfurées s’échappent du relief où s’écoule une eau chargée d’oligo-éléments, sources autour desquelles se développe une étonnante végétation sur un sol saturé de minéraux aux irréelles couleurs vives, bleu, vert, orangé, gris, noir, dessinant d’étranges motifs d’un tableau de peinture contemporaine.

Nous rejoignons maintenant le glacier que nous longeons rive gauche, énormes quantités de matériaux charriés par les millions de mètres cube de glace et roches mélangées descendant de l’Aconcagua, écoulement dont la puissance n’a d’égale que sa lenteur. Tel un énorme serpent repu, le monstre frémit régulièrement en creusant son impressionnant sillon. Au détour d’une courbe du relief apparait soudain la face sud du géant Aconcagua, impressionnant aplomb de roches brutes et chutes glaciaires sur plus de 3000 m. Comme hypnotisés par cette vision spectaculaire nous continuons notre progression en direction de l’imprenable forteresse dont certains aspects font aussi penser à une cathédrale Gothique puissance 100. Ne manque plus que le son des grandes orgues pour démultiplier l’intensité de l’émotion ressentie à cet instant.

Un coup d’œil sur l’altimètre : 4055 m. Nous venons sans problème de franchir la barre des 4000 m, une première pour Bruno. L’équipe fonctionne à merveille. Comblés par ce spectacle grandiose nous prenons la pause dans ce décor extraordinaire, modestes visiteurs de cette nature d’une autre dimension.
La redescente vers Confluencia est une formalité vite avalée sous un soleil de plomb et un vent soutenu. A l’arrivée contrôles médicaux pour tout le monde : tension artérielle, fréquence cardiaque et saturation d’oxygène dans le sang. RAS. Nous pouvons donc continuer ; ce dont personne ne doutait évidemment…


Demain très longue journée pour rejoindre le camp de base pour l’Aconcagua, Mulas, perché à 4400 m.

dimanche 5 février 2012

Veillée d'armes

Penitentes, bourgague de montagne perchée à 2600 m sur les contreforts de l’Acongagua, véritable départ des expéditions pour le sommet.
Nous y sommes « enfin » pour entamer demain une tranquille marche d’approche vers Confluencia, premier camp d’altitude autour de 3400 m, à tout petit rythme pour l’acclimatation.
Cette journée a donc été consacrée aux derniers préparatifs administratifs et techniques : obtention des permis d’ascension puis nouvelle révision et séparation du matériel entre l’indispensable pour la journée de demain et ce qui peut être directement transféré à dos de mûles vers le camp suivant, Plaza de Mulas perché à 4300 m, que nous devrions rejoindre dans 3 jours.
Puis nouveau transfert par minibus jusqu’à Penitentes, dernier hôtel mais aussi celui que nous retrouverons à la descente. Peut-être aussi la dernière connexion internet pour les 14 prochains jours… Nous verrons bien. Quoi qu’il en soit, promis je tiendrai à jour ma chronique quotidienne et la mettrai en ligne dans la mesure des possibilités techniques. Le « live » pourrait donc être quelque peu différé, situation qui je dois le reconnaître est pour moi inédite. « Se couper du monde » pour 2 semaines… Comment faisait-on avant ? Cela dit, pour être tout à fait honnête nous disposons d’un téléphone satellite pour garder le contact tant avec les proches qu’un lien avec l’entreprise en cas d’urgence.
Quant à notre petite équipe elle s’organise dans une excellente ambiance, forte de personnalités complémentaires tendues vers le même objectif:
Claude, rationnel dans l’approche du challenge mais un peu anxieux sur ses capacités physiques du moment,
Yves le plus concentré d’entre nous, sans doute le plus affûté aussi, qui pour rien au monde ne voudrait rater sa deuxième tentative,
Bruno qui découvre avec envie et curiosité la très haute montagne,
Quant à moi, déterminé comme jamais j’exclu toute hypothèse d’échec, sans parvenir à évacuer une légère appréhension sur la solidité de ce satané genou gauche.
Nous sommes accompagnés par Yvan, notre guide, qui sera assisté d’un adjoint, Bruno, à partir de Plaza de Mulas où nous retrouverons aussi une équipe de 2 ou 3 porteurs jusqu’au camp 3 Berlin avant l’assaut final.

Ce soir temps dégagé, lumière magnifique sur les reliefs dorés balayé par un vent soutenu.

samedi 4 février 2012

Transit vers Mendoza


Nous quittons ce matin Santiago du Chili pour Mendoza en Argentine, ville de départ des expéditions vers l’Aconcagua.

8 heures précises, Luis, notre chauffeur pour le transfert nous attend déjà à la réception de l’hôtel. Petit homme jovial portant allègrement plus de 70 printemps, visage rieur sous une chevelure blanche coiffée d’une éternelle casquette, allure générale un peu « tordue à droite », il a visiblement roulé sa bosse et connait son affaire. Bagages rapidement chargés dans le minibus nous partons pour une longue traversée de la Cordillère de Andes, quittant les plaines vinicoles bordant Sandiago pour s’élever doucement sur de spectaculaires routes sinueuses grimpant dans l’imposant massif montagneux, paysages exceptionnels sous une lumière cristalline. Nous traversons la célèbre station de ski aujourd’hui quelque peu défraîchie de Portillo,  pour rejoindre le col culminant à 3500 m où, sous un vaste hangar commun aux deux pays, s’effectuent rapidement les formalités douanières entre Chili et Argentine. Puis la route redescend sur le versant Argentin, panoramas tous aussi spectaculaires d’un monde minéral aux milles nuances brunes, où les plis géologiques prennent parfois des allures de mille feuilles géant au chocolat.
A un moment Luis stoppe le minibus sur le bas-côté en pointant du doigt sur la gauche.
- Aconcagua s’exclame-t-il alors fièrement !
En arrière-plan des premières lignes d’horizon du relief tourmenté, sous un ciel radieux d’un bleu profond se dresse la masse énorme du géant, face sud enneigée. Nos regards se croisent sans plus de commentaire - il est parfois des silences qui en disent long - avant que nous descendions prendre les photos pour fixer l’instant. Et là franchement, personne ne fait malin, prenant pleinement conscience du défi qui nous attend.

Malgré quelques chaleurs dues à la conduite quelque peu approximative de notre ami Luis ayant une fâcheuse tendance à l’assoupissement digestif, « sains et saufs » nous rejoignons Mendoza en fin d’après-midi, ville vivante et sympathique de 2 millions d’âmes.
L’hôtel Condor nous accueille.

17 heures précises, Yvan notre guide nous y rejoint. Petit homme trapu, cheveux rasés et peau tannée, la quarantaine finissante, il inspire confiance. Rapide briefing avant une vérification serrée de tout notre matériel. Rien ne doit être laissé au hasard. Nous devrons acheter quelques bouteilles plastiques à très grand goulot, pour éviter tout risque de gel au moment de l’assaut final, et pourvoir Bruno de super-moufles en duvet s’il ne veut pas risquer de perdre un doigt. Un saut au magasin de sport du coin permet de compléter l’équipement sans difficulté.


Minuit pile. Bruno dort comme un bébé sur le lit d’à côté, climatisation arrêtée malgré la chaleur encore étouffante pour ne prendre aucun risque de refroidissement nocturne pouvant diminuer nos capacités physiques. Ne riez pas… Mais difficile de croire que dans 2 jours nous marcherons à déjà plus de 4000 m par des températures fortement négatives.

jeudi 2 février 2012

Madrid - Santiago du Chili

Accoudés au comptoir d’un bar du Hall « R » de l’aéroport de Madrid, en transit vers Santiago du Chili, Yves, Claude, Bruno et moi avalons d’excellents sandwiches au Jambon Ibérique. Rien que de très banal, sauf que nous sommes vraiment partis pour une expédition de montagne d’une autre dimension, et tenter de fouler le sommet des Amériques, l’impressionnant Aconcagua du haut de ses 7000 m.
Yves, le 4ème équipier de cette aventure est un récidiviste. Petit homme sec à priori très affûté, la soixantaine passée, a déjà tenté cette ascension à l’automne 2010. Malheureusement une météo exécrable - vents violents et températures extrêmes - n’avait pas permis à son équipe d’atteindre le sommet. Depuis il n’a de cesse que de vouloir recommencer !
Claude, la soixantaine alerte également, plus ou moins le même gabarit qu’Yves en rêvait depuis des années et n’attendait que la bonne occasion. Un SMS sibyllin adressé fin de l’été dernier a précipité sa décision. Et je me souviens parfaitement de sa réponse à mon message : « faisons le rapidement, je ne suis plus tout jeune ». Tu parles… en pleine forme le Claude, malgré une opération pour hernie hiatale à l’automne. Et je ne vous parle pas de ses chaussures de trekking « vintage » au bout desquelles il a collé des rustines de vélo pour régler quelques problèmes d’étanchéité détectés au dernier moment. Du plus bel effet !
Bruno, mon frère cadet, n’a pas non plus hésité non plus à rejoindre le projet. Solide gaillard de 1,85 m et plus de 90 kg qui s’est préparé sérieusement, tant physiquement que techniquement, allant même jusqu’à faire l’acquisition d’un téléphone satellite. On n’est jamais trop prudent. Nous voilà donc sur le départ pour Santiago du Chili, avec armes et bagages techniques, bien déterminés à toucher le sommet de La Cordillère des Andes.

L’avion décolle, et s’engage dans un bel arc oblique vers le Sud-Ouest, 12h30 de vol transatlantique, croisant l’équateur, puis traversant le continent sud-Américain pour franchir le Cordillère quasi à la verticale de l’Aconcagua - sur la gauche de l'appareil images spectaculaires du sommet enneigé (même pas peur...) - avant de redescendre doucement se poser à Santiago. Longue navigation sans histoire dans un bel A340-600 d’Iberia.
Nous sommes maintenant de l’autre côté du monde, 30° au cœur de l’été, à priori la meilleure saison pour notre tentative.
Gageons que les éléments nous soient favorables.