
C’est donc avec curiosité que je
souscris à la proposition de Didier de nous y rendre aujourd’hui pour passer la
nuit.
Mais il faut déjà pouvoir partir...
Comme chaque matin nous procédons aux
vérifications d’usage sur nos machines, étant personnellement chargé de la « lourde
responsabilité » de contrôler les niveaux d’huile. En fait une question de
doigté pour atteindre la jauge cachée sous le gros réservoir, sans avoir à le
démonter, travail de « gynécologue mécanique » que je suis seul
capable de réaliser…
Donc assis sous la machine, du bout des
doigts il s’agit de dévisser la jauge, l’attraper sans la faire tomber dans la
sabot moteur, contrôler le niveau en priant de ne pas avoir à rajouter d’huile
– car il faut alors démonter selle et réservoir – puis la revisser, toujours
sans la faire tomber. Tout cela sur les 2 motos.
RAS sur la moto de mon camarade.
Quant
à la mienne, le niveau semblant trop bas, pas d’autre choix que de démonter,
histoire de démarrer la journée les mains dans le cambouis.
Donc démontage, rajout d’huile et
nouveau contrôle. Mais pas mieux. Alors j’en ajoute de nouveau lorsque mon
camarade me rappelle très justement que la procédure doit se faire à chaud, ce
que j’avais négligé. Pas de problème, je démarre donc le moteur, opération immédiatement
suivie un cri d’orfraie de mon équipier hurlant des arrête ! arrête !
arrête j’te dis ! Le temps que l’information monte jusqu’ à l’os de mon
cerveau, des gerbes d’huile sortent du regard de la jauge non refermée. Passons les noms d’oiseaux... et je referme donc le bouchon de la moto maculée d’huile,
fais chauffer le moteur pour constater que le niveau est maintenant bien trop
haut. Ben oui, normal...
Vidange partielle du carter et
recontrôle. Nouveau démarrage de la moto, et nouveau cris d’orfraie… les mêmes
causes produisant les mêmes effets… sous l’œil médusé des clients occupés à
siroter un café à la terrasse de l’hôtel, tandis que nous nous tordons de rire
devant le ridicule de la situation.
Le troisième essai est finalement le
bon. Rapide nettoyage de la mare d’huile sous la moto, puis nous filons vers
Chefchaouen par les routins bucoliques de montagne bordés de fleurs multicolores.
L’arrivée sur la ville par le Sud offre
une vue saisissante sur la cité bleue à flanc de montagne. A la recherche d’un
lieu de villégiature pour le nuit, nous repérons un petit hôtel dans une petite
rue crasseuse à proximité d’une étroite porte de pierres voutée accédant à la
Médina. S’agitant autour de nos motos au ralenti, un type d’âge mur à l’air
patibulaire, affublé d’un gilet jaune crotté et d’un sifflet prend les choses
en main pour nous indiquer où stopper et immédiatement proposer des chambres à
louer. N’étant pas des perdreaux de l’année nous lui confions la surveillance
des motos et choisissons notre hôtel en toute liberté un peu à l’écart : maison très simple avec une petite chambre donnant accès à la terrasse
sur le toit.
En bas, dans la rue les choses s’organisent.
Les clients étant harponnés – nous – chacun doit assumer son rôle pour en tirer
le meilleur parti. Ce sera 4 euros pour le gardiennage des motos, 5 pour les
petits déjeuner au café d’en face, 25 pour la chambre, et bien sûr la
possibilité d’acheter du chit.
La déambulation nocturne dans la médina
est agréable. Dédale de ruelles sombres où l’on imagine toutes les intrigues d’un
bon film d’aventure. Le poulet rôti au riz dégusté à côté de la boucherie ou l’on
achète son poulet vivant aussitôt préparé sous vos yeux à une saveur particulière.
…
8h du matin, nous chargeons les motos.
Au moment de démarrer, une petite dame qui observe la scène se précipite vers
un gars endormi sous un porche à quelque pas (un tout jeune, pas le même qu’hier
soir). Celui-ci, les yeux encore pleins de sommeil, enfile aussitôt à l'envers un gilet
jaune pour venir prélever la dîme de gardiennage.
Bien dormi ? lui demande-t-on avec
un sourire entendu…
Très bien M’sié.
Faisant contre mauvaise fortune bon cœur,
il encaisse les 4 Euros dont une petite partie lui reviendra sans doute.
Nous quittons Chefchaouen vers Ceuta où
le Ferry de milieu d’après-midi nous attends.
Il est maintenant temps de refermer, avec
un large sourire, la dernière page de ce off-road trip ponctué de moments de
plaisir et de (re)découvertes au cœur de ce Maroc toujours aussi passionnant.