Lou étant sur la voie du
rétablissement, nous ralentissons notre remontée « d’urgence » et décidons de poursuivre nos pérégrinations par
une diagonale vers l’Ouest à travers l’Atlas, empruntant prudemment routins et
chemins muletiers.
Dans un décor de rêve alternant cols
aux vertigineuses perspectives et vallées encaissées où se nichent les
villages, la ballade en pays Berbère s’apparente à une voyage dans le temps,
tant ici les conditions de vie semblent s’être figées à une époque pour nous
depuis longtemps révolues : maisons de terre crue se confondant avec le
paysage dont certaines, isolées, ne sont pas reliées au réseau électrique, ni
sans doute à l’eau courante, rue en terre battue, peu ou pas de voitures,
labour à cheval... Je me souviens avoir montré cela à mes grands-parents
agriculteurs de retour de mon premier voyage au Maroc il y déjà plus de 30 ans.
Et leurs commentaires curieux et intéressés, resituant ces conditions de vie au
temps de leur petite enfance au début du siècle dernier. Et depuis, ici rien n’a
changé, sauf, tel un choc de civilisations, l’arrivée des images du monde par
les paraboles posées sur certaines maisons. Je demande vraiment ce que doivent
penser ces gens de leur état en regardant « Plus belle la vie ».
Certes, si l’on fait abstraction des considérations matérielles, les
sensibilités de l’âme humaine ne sont probablement pas différentes que l’on
vive à Imilchil où à Marseille.
Mais au-delà de ces considérations matérielles,
ici les gens travaillent. Ils travaillent (dur) la terre, s’occupent de leurs
bêtes, hommes et femmes avec apparemment autant d’engagement. Car ici les
femmes sont omniprésentes, visibles, multicolores, la peau tannée, les yeux
noirs et le visage découvert. Quelle différence avec les gens du sud de
tradition musulmane concervatrice où les femmes restent recluses à la maison (dont
elles assurent le fonctionnement).
Entre ces villages isolés, des petites
écoles en préfabriquées où les instituteurs forment les enfants, en horaires
décalés, pour offrir à chacun l’accès au savoir.
Et que dire de ces signes cabalistiques
à l’esthétique puissante sur les façades de certaines maisons et bâtiments
publiques, en fait l’écriture ancienne Berbère aux racines phéniciennes,
également enseignée dans les écoles.
Nous avons ici à faire à une culture aux
racines profondes, tolérante, dont je m’étonne, certainement par ignorance, que
sur certains aspects elle soit apparemment restée aussi traditionnelle.
Mais nous ne faisons que passer,
croisant juste quelques regards, échangeant un petit signe de la main, jusqu’au
moment où, quand la lumière devient plus chaude, l’on s’arrête au café du coin
siroter café au lait ou thé à la menthe, et que les enfants, fascinés par nos
motos, engagent le contact par de joyeux « bonjours » auxquels nous
répondons en souriant, bien qu’un peu gênés par le décalage de situation. Que
vont-ils bien pouvoir raconter ce soir à la maison ? Que leur diront aussi
leurs parents ? Sera-ce bienveillant à l’égard des « riches »
visiteurs que nous sommes, comme un objectif possible pour leurs jeunes
générations, ou fait d’incompréhensions semant les germes de l’intolérance
comme nous savons si « bien » » le faire chez nous à l’égard de
l’étranger ?
- Oui
mais Monsieur, c’est qu’il y a une différence : nous ne faisons que passer
chez eux en y dépensant notre argent, alors qu’eux veulent venir s’installer
chez nous en profitant de notre système. C’est qu’ç’a n’a rien à voir !
Tu parles…