lundi 27 juillet 2015

Eyjafjallajökull !


Eyjafjallajökull ! Imprononçable, et pourtant nous savons tous de quoi il s’agit : rappelez-vous le nom du fameux volcan qui mit le monde en émoi au printemps 2010, perturbant comme ça n’était encore jamais arrivé le trafic aérien vers l’Europe.
Nous étions alors à New-York, et il fallut imaginer des stratagèmes pour ne pas rester échoués plusieurs jours à JFK comme des milliers d’autres passagers en errances. A vrai dire un moment inoubliable pour tous ces voyageurs de part de monde, obligés d’attendre que le formidable nuage de cendres projeté dans l’atmosphère par l’irruption ne se dissipe pour rentrer à la maison.
Depuis, le monstre est redevenu paisible sous sa calotte blanche immaculée, noyée dans les brumes d’altitude où neige et nuages se confondent dans des reflets aux mille nuances de blanc.
Nous empruntons la piste 210 entre 3 massifs volcaniques dont celui du fameux volcan. D’abord roulante au milieu de vertes prairies, elle devient cassante en prenant de l’altitude. Les prairies laissent alors place à des champs de pierres volcaniques étonnamment recouvertes d’une épaisse couche de mousses spongieuses, façon tapis de sport. Au loin, un nuage de poussière semble avancer dans notre direction. Un autre 4x4 ? Non, trop étendu. Ce sont en fait des dizaines de petits chevaux, dont quelques-uns montés, filant au trot vers les pâturages un peu plus bas. Image saisissante comme sortie d’une autre époque.
Notre progression se poursuit à petite vitesse pour ne rien manquer du fantastique spectacle qui nous est offert. Entourés de puissants massifs volcaniques, nous débouchons sur un vaste plateau recouvert de cendres noires, dépourvu de toute végétation, d’où émerge des formations rocheuses dont les plis retiennent des congères de neige salies par la poussière de scories volcaniques. Le parallèle est saisissant avec les monts du Hoggar Algériens, ou certains paysages du grand sud Marocain, à cette différence que là-bas les congères sont de sable, et qu’ici le temps change en quelques minutes sous un ciel en chambardement permanent où les volutes nuageuses jouent à cache-cache avec les sommets environnant, ajoutant encore à leur mystérieuse aura.
Nous progressons maintenant sur le fragile permafrost au pied des glaciers aux reflets bleutés, apparemment paisibles, mais dont la puissance incomparable ravage le paysage de vastes saignées s’écoulant lentement en bousculant tout sur leur passage. Ici la nature ne fait pas dans la nuance.
Puis le vaste plateau amorce une légère descente où les eaux de fonte se rejoignent en mille et une cascades étincelantes, puis ruisseaux, torrents bouillonnants chargés d’alluvions et rivières apparemment paisibles qu’il faut traverser le plus souvent à gué. Toujours un instant d’émotion quand il s’agit d’y avancer à l’aveugle en espérant ne pas y rester piégé.
Et de nouveau le paysage s’adoucit, repassant du minéral pur aux tapis de mousses délicates puis vastes prairies.
Nous rejoignons enfin la route après cet intermède de 120 kilomètres sur une autre planète, la nôtre, ici encore préservée de la forte pression de notre espèce.

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