Par le plus grand des hasards, notre road-trip nous mène jusqu’à la gare de Saint Jean du Gard d’où part le train à vapeur des Cévennes.
J’ai toujours rêvé de voyager à bord d’une telle machine disparue depuis longtemps. Mon père, né en 1940, ne l’a pas connu. Il faut donc remonter à la génération précédente de mes aïeuls qui connurent son âges d’or entre deux guerres. Et dans l’imaginaire collectif, elle reste l’un des progrès majeurs de l’ère industrielle. Avec cette innovation, fin 19ème, on passait de moyens de déplacement à la force musculaire – marche à pied, voiture à cheval, bicyclette – à celui, un peu magique, de la machine à vapeur. D’un coup le monde rapetissait et les déplacements prenaient une toute autre dimension.
Tenter de vivre cette expérience était un rêve, comme celui d’une transatlantique à bord d’un paquebot ou d’un vol à bord du mythique avion Lockheed Constellation.Au coup de sifflet du chef de gare, nous montons dans un wagon avant que le train ne s’ébroue dans un long râle, comme le souffle d’un monstre sortant des entrailles de la terre. Puis nous commençons à rouler sur cette voie antédiluvienne derrière les tchou-tchou de la loco. En contre-jour, comme des milliers de gouttelettes, retombent sur les voitures les particules de suies émises par machine, tandis qu’accélère doucement la fréquence de claquement des passages des roues d’aciers d’un rail à l’autre. Puis tout semble se stabiliser dans un vacarme juste supportable, ballotés par les irrégularités de la voie ferrée. Pour les premiers passagers, l’impression devait être extraordinaire. Dans un confort somme toute bien supérieur à la voiture à cheval, sans effort ils cheminaient de gare en gare à la vitesse vertigineuse de 40 km/h !
A une époque où le progrès fascinait encore les foules, le train à vapeur a changé le monde et nous l’avons presque oublié.


