Dans un balai parfaitement huilé, sous le regard des nombreux spectateurs, une à une les voitures quittent le parc fermé du rallye automobile Niort Classic. Toutes les minutes, le directeur de course libère une nouvelle voiture pour la courte liaison vers la première spéciale.
13h41, notre heure de départ correspond à notre numéro de course : 41. Nous attendons l’ordre, sanglés dans l’Alpine A310 encore immobile.
Mais au moment de démarrer, quelque chose cloche. Le moteur tourne mal, comme si l’un des 6 cylindres ne s’allumait pas. Un ralenti hésitant, une sonorité étouffée. Pas de panique. L’auto est encore froide. Nous l’avions essayée la veille sans problème. Quelques kilomètres de liaison nous séparent encore de la première spéciale mais, lorsqu’après trois kilomètres apparaît devant nous le starter lâchant les concurrents devant son panneau de chronométrage, rien ne s’améliore.
Pas le choix, tandis que les autres équipages continuent de s’élancer, nous nous rangeons précipitamment sur le bas-côté et décapotons à la hâte. Filtre à air retiré, 6 bougies démontées, mains déjà noircies, nous constatons qu’elles sont en effet bien encrassées, conséquence du réglage volontairement riche de cette vieille auto de course.
Nettoyage rapide, remontage un peu fébrile, arrive derrière nous la camionnette balais qui gentiment nous met la pression.
Contact : le moteur reprend vie et semble tourner rond. Pas plus de temps pour vérifier ou peaufiner les réglages, nous sautons dans les baquets, tirons les harnais et, encore un peu essoufflées, engageons la première vers le starter.
5… 4… 3… 2… 1… Go ! Départ in extremis.
Marco à la navigation, moi au volant. Immédiatement tout se met en place. Cette alchimie rare entre une voiture de sport, la route et deux équipiers parfaitement synchronisés. Je suis, à la seconde et à la lettre, les indications de mon navigateur.
- Gauche à 480 m, épingle à 620 m sur chemin en terre, cassure à l’entrée du village, attention à la visibilité dans le long droit à suivre, à la borne tu as 7 secondes de retards… »
L’auto chante merveilleusement et nous trouvons immédiatement le bon rythme.
Le rallye est magnifique. Une météo clémente illumine les paysages tandis que les kilomètres s’enchaînent sans erreur. Après cinq spéciales, une pause rapide. A la fois décontractés et concentrés nous sommes bien dans la course : beaucoup d’intensité extérieure, mais une étonnante sérénité intérieure.
Les spéciales se succèdent jusqu’à la nuit tombée et notre première faute. Rien de spectaculaire. Une hésitation suivie d’une mauvaise direction, impossible à rattraper malgré un pilotage à la limite sur des portions de gravel où l’auto dérive dans des gerbes de poussière et de cailloux. La sanction tombe : nous reculons de la 18e à la 34e place au général. Vexant. Mais pas dramatique.
Reconcentration pour les deux dernières spéciales de nuit. Celles que nous adorons. Dans cette obscurité totale, il n’existe plus que le puissant faisceau des phares, la route, l’auto et nous. Le reste du monde disparaît. Chaque virage surgit comme une apparition. Sous un ciel parcouru de quelques éclairs d’orage, l’ambiance devient presque irréelle. Électrique. Intense. Magnifique. Et la pluie qui arrive juste à la conclusion de la dernière spéciale.
23h30. Retour au parc. Extinction des feux pour une courte nuit.
…
Au petit matin, nous repartons de la 31e place pour les quatre dernières spéciales. Conditions idéales. Belle ambiance dans l’habitacle. Nous n’avons plus rien à perdre. Alors nous roulons totalement libérés, précis et concentrés. Plus aucune erreur. Juste le plaisir pur de la navigation, du pilotage, et du travail bien fait pour terminer 26e sur 60 partants. Honorable pour ce rallye exceptionnel à l’organisation parfaite.
Vivement l’an prochain avec le top 15 en ligne de mire !

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire