lundi 4 mai 2026

Col à 14%, freinage à 60%

92 kilomètres annoncés, plus de 1600 mètres de dénivelé, et cette sensation diffuse, au petit matin, que quelque chose va se jouer au-delà des chiffres. Une étape dense, presque sérieuse, avec ce mélange d’excitation et de respect que l’on réserve aux parcours engagés. 

La première partie déroule le long de la corniche au nord de Barcelone. Une route fine, suspendue entre mer et relief, où l’azur s’invite dans chaque virage. Le vent y a ses caprices, et la lumière joue avec la mer. On pédale avec légèreté, comme portés par le paysage. Les jambes tournent bien, sans forcer, presque avec élégance. On se surprend à discuter, à plaisanter. Mauvais signe, diront certains : c’est souvent que le plus dur attend plus loin.
Et il arrive.
Le col de l’ermitage de Grau se présente sans fard. Six kilomètres à plus de 10 %, avec un ressaut à 14 % qui vous remet immédiatement à votre place. Ici, plus de décor, plus de distraction. Juste la pente, le souffle, et ce dialogue intérieur que chacun connaît : continuer, s’ajuster, tenir. Et pourtant… quelque chose a changé. Les jambes répondent. Le cœur s’emballe, mais sans panique. On est bien, affûtés, et cette sensation rare où l’effort trouve sa juste place quand le corps et l’esprit avancent ensemble.
On atteint le sommet sans encombre et entamons la descente. Et c’est précisément à ce moment que surgit un autre sujet. Plus terre à terre, mais tout aussi réel : le matériel.
Je vois déjà les sourires… 

Avec malice Alex parle de mon vélo “Frankenstein”. Un assemblage hétéroclite un peu daté, fidèle compagnon de route qui accuse doucement son âge. Presque vingt ans. Une éternité dans le monde du cyclisme et qui révèle ses limites.
Le freinage, d’abord. Dans la descente technique et rapide, les freins à patins hésitent là où les disques modernes mordent avec assurance. Alors je compose, anticipe, temporise. Ce n’est pas dangereux, mais je me fais allègrement dépasser, non pas en vitesse pure, mais au moment du freinage avant d’aborder les virages. La fluidité, la confiance, la trajectoire, tout ce qu’il faut pour aller vite.
Puis viennent les transmissions. Aujourd’hui, deux plateaux à l’avant, jusqu’à treize pignons à l’arrière. Une finesse d’ajustement presque chirurgicale. Les versions électroniques ? Un simple effleurement, et la chaîne obéit. Sur mon fidèle destrier à 3 plateaux et 10 pignons, il faut parfois convaincre, accompagner, négocier. Cela fait partie du charme, mais aussi de l’effort.
Et puis tout le reste. Les cadres profilés qui fendent l’air, les guidons devenus “cockpits”, les roues carbone qui chantent sous la vitesse, les capteurs qui transforment chaque coup de pédale en donnée exploitable. Puissance, cadence, fréquence cardiaque… le cycliste moderne est monitoré. Sans parler des GPS qui tracent, anticipent, rassurent.
Et que dire du gadget ultime, le pignon de roue libre façon pot d’échappement Akrapovic pour les voitures ou moto de sport ? Celui que l’on entend cliqueter de loin et qui chante quand on les croise. Est-il plus efficace ? J’en doute fort, mais il flatte l’égo du cycliste qui en est équipé.
Alors, la question s’impose : tout cela change-t-il réellement la performance ?
Oui, un peu...
Du coup faut-il changer le matériel ? Et pour quel bénéfice éventuel ? Le confort, la confiance, le plaisir. À la fin de la journée, ce n’est pas tant le chrono qui compte que la sensation laissée par la route.
C’est quand Noël ? 

Sur ces considérations matérielles nous terminons l’étape à vive allure sous la pluie. 

Demain dernier jour de cette belle échappée Catalane. Atour de Montserrat si la météo le permet, car les orages sont annoncés.

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