Marcher dans la neige est une sensation unique qui engage le corps et apaise l’esprit. Dès les premiers pas, le monde se simplifie en paysages monochromes, comme si un peintre minimaliste avait décidé d’effacer les nuances superflues pour ne garder que l’essentiel. La clarté minérale de lumière crue révèle les arêtes des reliefs, souligne les ombres nettes, découpe les silhouettes en donnant au paysage une impression de propreté céleste, une pureté visuelle presque morale. Le monde semble lavé, régénéré, comme après une longue période de tumultes.
Et puis il y a le silence, dense, feutré, qui absorbe les bruits parasites, étouffe les vacarmes du monde, ne laissant subsister que le crissement sec et ouaté des pas et le souffle des corps.
Derrières nos ombres projetées sur le tapis immaculé, chaque pas imprime la trace éphémère de notre passage dans l’immensité blanche où l’intensité du soleil d’hiver fait scintiller les cristaux comme des poussière d’étoiles. La neige devient miroir, renvoyant la lumière vers le firmament où cerclent les vautours dans l’onde céleste. Et là-haut, très haut, les traînées cotonneuses des liners traversent l’azur telles de fins méridiens sur le bleu pur.
Au détour d’un chemin apparaissent des empreintes d’animaux, succession de marques légères et précises racontant peut-être une histoire nocturne de lièvre en maraude, de renard en quête, ou de chevreuil discret.
Par endroits, l’eau de fonte commence à s’écouler sous les rayons du soleil, filet clair, presque timide dont on perçoit le murmure discret serpentant sous la croûte glacée comme la promesse du printemps. Quand la beauté de l’hiver tient encore à ce subtile équilibre entre arrêt et mouvement...


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