dimanche 22 février 2026

Là où l'eau devenait piste

Biscacrosse est de ces lieux qui raconte une promesse.
Comme on entre dans une cathédrale horizontale, nous y sommes arrivés presqu’en silence à bord de notre Gemini. Le moteur encore tiède, la carrosserie poudrée de sable, et devant nous l’étang, large et lisse, telle la respiration retenue d’une flaque d’eau paisible où le ciel vient s’asseoir avant le tumulte de l’océan.
À quelques encablures, l’Hydrobase. Un nom qui claque comme une époque. Ici, les pionniers ont fait décoller des hydravions, bateaux ailés quittant la surface liquide pour ouvrir des routes au-dessus de l’Atlantique. Fallait-il avoir une dose de bravoure et une foi inébranlable dans le progrès pour s’envoler vers l’Amérique à bord de telles machines ! On imagine les carlingues luisantes, les moteurs grondants, les regards des équipages de Latécoère levés vers l’horizon, cartes dépliées et routes tracées au crayon sur l’Atlantique, comme on dessine une flèche volontaire sur le monde. A une époque où voyager signifiait conquérir, chaque départ était un pari, chaque retour une victoire.

19h. Le soleil descend lentement derrière les pins. La lumière devient cuivre, puis braise. L’étang se transforme en miroir d’étain. Rien de spectaculaire, et pourtant tout est là. Nous voyageons avec le facilité moderne d’un véhicule d’expédition tout équipé. Demain matin l’odeur d’un café italien emplira l’habitacle. Eux affrontaient l’Atlantique dans des machines capricieuses. Rien à voir ? 
Si, ce même besoin d’élargir le cadre. Car le voyage n’est pas seulement une distance, mais aussi une audace. On peut traverser l’océan ou simplement changer de rythme, stationner face à l’eau et laisser le temps reprendre sa souveraineté, regarder le soleil disparaître et sentir qu’au-delà de cette ligne rougeoyante commence un autre monde où l’horizon n’est pas une limite mais une invitation. 

La nuit tombe. Les premières étoiles percent au-dessus des mâts. 
Les pionniers dormaient peut-être mal avant le grand départ, tiraillés entre l’excitation et la peur. A bord de notre confortable cocon nous n’avons pas d'océan à franchir, seulement la route de demain vers les Pyrénées. Pourtant, dans l’obscurité douce de l’étang, peut-être ressentons-nous le même appel du vaste monde.
À Biscarrosse, entre eau douce et océan, le romantisme du voyage ne dépend pas de la distance parcourue mais de cette étincelle intérieure qui nous pousse à partir. À croire que, même depuis un simple van stationné face à l’eau, on peut encore ouvrir des dimensions nouvelles.


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