
Saigon comme Toulouse, ou Bangkok comme
Clermont-Ferrand, et se dire que l’on a bien de la chance de pouvoir parcourir
le monde comme on traversait la France, tout en restant connecté, enchainant
les rendez-vous, entre un Phô pour déjeuner et un Tom Yam Kung au diner.
« Certains paieraient pour ça ! » Tu parles, on paie aussi…
Mais tout de même, quelle époque nous
vivons : l’instantanéité de l’information et l’extraordinaire développement
des lignes aériennes mettent à moins d’une journée n’importe quelle ville du
globe. Inimaginable à ce point il y a 20 ans. Cela se passe maintenant, nous en
sommes, et je me demande bien ce qu’en diront les historiens du XXIIème siècle.
Celle d’un âge d’or ou d’une époque de transition un peu folle ? Avant que
vrais voyages et vrais rendez-vous ne soient remplacés par rencontres où
déplacements virtuels, dans un monde où le numérique aurait tout
« solutionné » ?
Ben oui, moins de pollution, moins de
risque d’épidémie, moins d’insécurité, moins de fatigue, sans parler des
questions d’immigration limitée par des murs infranchissables… Un monde
aseptisé, où le virtuel aurait pris le dessus sur la dimension réelle, où des
sociétés hyper protectrices limiteraient les champs d’actions des citoyens au
nom d’un bienveillant principe de précaution.
Vous pensez que j’exagère ?
Pourquoi alors un tel succès des
logiciels « de jeux » de simulation, si ce n’est pour donner l’illusion de
la maîtrise sans en assumer les potentiels défauts ?
Je vois déjà mes enfants répondre avec
ironie : c’était mieux avant ! Et tenter de me faire passer
pour un « has been ». Mais peut-être pas complètement. Continuons un
peu.
Tous ces capteurs que l’on installe
dans des bracelets magiques – là ce sont mes frères qui vont ironiser – et qui dessinent
des graphes sur ordinateurs pour vous dire combien de pas fait dans la journée,
votre temps de sommeil, le nombre de calories consommées, j’en passe, et que
bientôt les sociétés d’assurance nous proposerons pour nos bons soins.
Les voitures autonomes que nous ne serons
peut-être plus autorisés à conduire pour des raisons de sécurité, les œufs des
poules, plus autorisés non plus de les consommer tels quels, au cas où ils
transporteraient des germes pathogènes, ou encore les fromages non pasteurisés.
Déjà, avec les lunettes de
réalité augmentée, plus besoin de se déplacer pour découvrir les sites naturels
remarquables ou visiter le Louvre. En quelques minutes, vous y êtes depuis chez
vous. Alors pourquoi tenter la vraie expérience, quand justement l’expérience
devient l’immersion virtuelle et cette incroyable sensation d’y être, sans y
être vraiment.
Brr, je préfère ne pas trop y penser et
continuer à parcourir le monde réel, même si cela est parfois un peu épuisant.
Au moins cela permet de raconter de vraies histoires.