
On y trouve toujours des petits
quartiers desservis par des ruelles ombragées où il fait bon flâner le soir, s’arrêter
diner sur le pouce à un restaurant ambulant – bicyclette façon food-truck – où l’on
trouve la street-food locale, le phô, cette soupe de nouilles et bouillon de
viande agrémentée d’herbes fraîches aux saveurs exquises, ou de délicieuses
brochettes de poulet et poisson épicées.
Au sud de la ville, les
navires de pêche et de commerce se croisent sur le Mékong qui se dilue dans la
mer de Chine.
Du temps de la marine à
voile les jonques y croisaient les 3 mats occidentaux, image d’Epinal
aujourd’hui disparue.
Je me souviens de mes
premiers voyages ici dans les années 90.
A l’époque LE moyen de déplacement
étaient les vélos qui circulaient pas milliers dans les rues étroites. La
gageure était alors de trouver l’ouverture pour traverser la route, avant de comprendre
qu’en l’absence de régulation de ce flux permanent, rien ne servait d’attendre
et qu’il fallait y aller en marchant régulièrement, comptant sur
l’anticipation des cyclistes.
Aujourd’hui les petites
motos ont remplacé les vélos, emplissant la ville d’un bourdonnement permanent
de frelons asiatiques. Et les voitures qui commencent à boucher le trafic,
rendant la circulation infernale à certaines heures. Mais pour traverser la
rue, rien n’a changer. On s’engage et ne s’arrête surtout pas… Ce sont motos et
voitures qui, sans ralentir, se chargent d’éviter les piétons. Chaud devant !
Le soir la ville ne
s’arrête pas. On retrouve les habitants dehors sur les trottoirs, assis par
terre ou sur de petits tabourets en bois ou plastiques, à discuter, manger, jouer
aux cartes ou commercer aux seuils de petites boutiques : épiceries,
marchands de souvenirs bon marché, vendeurs de fausses montres, textiles et
chaussure de marques, incroyable industrie du véritable faux bling-bling à 10
balles.
En cherchant un peu on
trouve aussi des échoppes vendant le vrai artisanat local. Et lorsque
j’aperçois une carène de bateau ou une aile d’avion je ne peux m’empêcher d’entrer.
A l’intérieur, posées
sur de simples planches poussiéreuses, des dizaines, peut-être mêmes des
centaines de maquettes en bois, navires et avions de toutes tailles. Depuis le
simple jouet pour enfant jusqu’au 3 mâts de 2 mètres de long, avec voiles,
poulies et haubans.
C’est une incroyable
invitation au voyage que de se faufiler dans cette étroite boutique entre des vaisseaux
de guerre du 18ème, navire marchant à voiles du 19ème, yatch
de sport des débuts de l’América’s cup et paquebots transatlantiques de l’entre
2 guerres.
Par curiosité je cherche
la maquette du Discovery, navire d’exploration polaire de Scott. Ceux qui me
lise régulièrement comprendront. Il n’est malheureusement pas disponible, mais je tombe sur celle du Normandie, magnifique transatlantique
Français des années 30, plusieurs fois détenteurs du ruban bleu – le record de
la traversée – au temps où l’avion n’avait pas encore supplanté le paquebot.
C’était alors le nec plus ultra, à la fois rapide et luxueux pour une traversée le Havre - New-York, en un peu plus de 4 jours de croisière.
La maquette toute en bois
peint est magnifique, avec sa coque noire et rouge de près d’un mètre, ses 3
cheminées, ses ponts vernis, bastingages blancs et tous les hublots. Rien à
voir avec les hôtels flottants construits aujourd’hui à St Nazaire :
impressionnant techniquement, mais sans aucune élégance.
C’était l’âge d’or de la
marine de voyage et le Normandie en est sans doute le plus beau représentant.
Sous le charme de
l’objet je ne peux m’empêcher de demander le prix au boutiquier. Deux minutes
de discussion et nous tombons d’accord pour 60 €. Soixante Euros pour un
« chef d’œuvre ». Ne reste plus qu’à l’emballer et le ramener à la
maison en bagage à main ; en espérant que la compagnie aérienne ne fera
pas de problème.

Quand vous tombez sur
l’une d’entre elles, ici, ou dans les souks de Marakech, d’Istambul, Le Caire
ou ailleurs, entrez sans hésitez. Vous y trouverez peut-être encore des
merveilles que vos petits-enfants regarderont comme d’extraordinaires souvenirs
d’une époque où voyager était encore un art de vivre.