lundi 9 novembre 2015

Sur le circuit du Val de Vienne



Entrer dans l’enceinte du circuit est déjà une émotion. On franchit la barrière pour se garer en épi derrière les stands. De nombreuses voitures sont déjà là, le plus souvent amenées sur remorque derrière de puissantes berlines ou 4x4, caravanes de luxe pour voitures de sport, histoire de ne pas faire subir aux bolides taillés pour la piste les affres de nos nationales tout en préservant les pilotes. Car il faut bien reconnaître que de telles machines bruyantes, surpuissantes et raides comme du bois n’ont pas grand chose à faire sur route ouverte.
Pas de de surprise, la plupart des autos « de course » sont des Porsche en tous genres, véritable nid de jouets pour adultes aisés, avec une majorité de GT3 RS, missiles de plus de 500 CV. Alors il faut bien reconnaître que cela a quelque chose d’intimidant lorsque l’on pointe son nez doté d’une « modeste » Mégane RS Cup de 300 CV. Il va falloir miser sur l’agilité, et même si le pilote est important, à la différence du vélo la monture fait ici une grande différence. Mais comme j’y suis, j’y reste. Nous verrons bien.
Préalablement au roulage, dans un court briefing le directeur de piste précise les règles du jeu : signalétique sur le circuit et strictes procédures de courtoisie pour ne pas casser de matériel. Car ce n’est pas une course, juste un (grand) moment de plaisir, pour rouler sans limitation de vitesse aux limites de la voiture.

J’enfile casque et gants, me glisse dans le baquet et serre fort le harnais pour faire corps avec la machine. Et  tandis que le moteur monte en température, mentalement je reprends les fondamentaux du pilotage sur circuit : freinage (très) forts avant le virage, puis dégressif jusqu’au point de corde, transfert de masse pour placer la voiture, regard tendu vers le point de sortie, puis accélération à fond. Allez, ça devrait le faire.
Le cœur s’accélère en entrant sur voie des stands limitée à 30 km/h. Le feu est au vert, on peut y aller pour un tour de chauffe en file indienne, et découvrir cette piste technique de 3,8 km.
Retour sur la ligne droite des stands. 
Le rythme s’accélère, jappement du moteur aux passages des rapports aiguille du compte-tours dans le rouge. Rien d’autre n’a plus alors d’importance que la trajectoire. Gros freinage pour le double droit « Arnaud Biet » où l’on tombe la 4ème puis la 3ème, à fond en appui sur les vibreurs, la 4ème, et de nouveau freinage à la corde en 3ème pour sortir au raz du vibreur extérieur, passer la 4 dans la courbe « Trop Vite » en glissade, puis à fond jusqu’au rupteur pour passer la 5 dans la ligne droite, prendre 210 km/h avant de freiner très fort au panneau 150 m du « Virage du Buisson » : talon-pointe rageur pour un rétrogradage en 4, puis 3, dans un festival de crépitements explosifs sortant de l’échappement, pour ressortir comme un dératé sur le couple et attaquer le « S du Sanglier » à fond de 4ème, tout en dérive - un vrai bonheur - avant le gros freinage à droite en aveugle de l’épingle « Trop Tard », se jeter à la corde en 3ème, rester quelques secondes en surrégime, pour aborder avec le maximum de grip le virage suivant, à gauche, passer la 4ème dans un hurlement mécanique jusqu’à la « Courbe de l’Atelier » en glissade sur les vibreurs extérieurs, à la limite, avant de se jeter de nouveau sur les freins pour aborder « l’Epingle » en 3ème, puis relance en 4 dans le double droit avant de retomber la 3ème et retrouver de nouveau la ligne droite des stands !

La première boucle est bouclée, pur instant de bonheur, en dehors du temps, quand l’espace se rétrécie au champ de vision rivé sur la bande d’asphalte. Plus rien n’a alors d’importance que le pilotage, sensations uniques, mélanges d’émotions où la vitesse, notion finalement bien futile, transcende les sens du pilote dans un seul objectif : le plaisir.



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