Minuit et demi lorsque nous arrivons
à l’hôtel réservé de longue date par notre agence depuis la France – dans le
cadre de procédures d’application des visas pour la Russie exigeant encore en
préalable l’adresse des lieux de résidence durant les séjours, vestige d’une
époque aujourd’hui révolue.
Dehors, devant la porte battante aux
vitres sales, des gardes à l’air patibulaire coiffés d’une chapka « se les
gèlent » visiblement.
Nous entrons dans un vaste hall
glacial. A droite un petit magasin de « bondieuseries » locales. Face
à nous un large escalier dans le plus pur style poststalinien. Sur notre gauche
un long comptoir élimé au coin duquel sont avachis 2 types aux cheveux rasés et
vestes militaires défraîchies.
Une solide jeune femme nous accueille :
-
Problème
avec réservation Monsieur, nous dit-elle dans un Français guttural sans même
que nous ayons eu à nous présenter…
-
Problème,
problème, quel problème ?
-
Pas
chambre pour vous dans hôtel…
-
Comment
ça pas chambre pour nous ? Mais nous avons une réservation !
-
Da,
da, mais changement hôtel… Désolé, désolé.
-
Mais
comment c’est possible ?
Et là évidemment les choses se
compliquent pour se comprendre, la demoiselle ne parlant pas mieux Anglais.
Vincent que j’accompagne sur cette
mission appelle alors Olga, notre collègue Russe restée en France pour cause de
grossesse. Une heure du matin ici, 22 heures en France, c’est encore
raisonnable, et la met en relation avec notre hôtesse qui se perd en
explications visiblement scabreuses.
Au final, pas d’autre choix que de
reprendre un taxi pour traverser la ville et rejoindre un autre hôtel à l'autre bout de la ville.
En toute hâte nous montons dans une
voiture semblant nous attendre devant la porte, donnons au chauffeur un papier
griffonné avec la destination. Il démarre, parcours quelques dizaines de mètres
avant de s’arrêter téléphoner, visiblement perturbé par notre intrusion dans
son véhicule. Impossible de communiquer avec lui. Nouvel appel d’Olga : ce
n’est pas la bonne voiture, en fait pas un taxi du tout... On comprend le trouble
du quidam face à deux pieds nickelés venus d’on ne sait où. Nous sortons du
véhicule sans plus d’explication.
Le vrai taxi nous attend cette
fois-ci devant l’entrée.
Et c’est parti pour un petit rallye nocturne
dans les ruelles de Rostov défoncées par le gel au sortir de l’hiver Russe, dédale de rues à sens unique dans l’obscurité la plus totale où l’on croise
des chats faméliques. A se demander où il nous conduit. Et lorsque le chauffeur
comprend que nous sommes Français, avec un large sourire il fait nous le coup de « Sarkozy
- Depardieu – Zidane », tandis qu’à la radio des chansons Russes aux tonalités
mélancoliques nous réchauffent le cœur…
Tien, nous rejoignons enfin une rue
éclairée. La voiture s’arrête. C’est ici.
Nous entrons dans un bâtiment hors d’âge
étant visiblement attendus.
Formalités habituelles totalement
inutiles, puis l’hôtesse aux formes avantageuses moulées dans un corsage transparent
largement décolleté nous tend la clé.
-
Et
la deuxième s’il vous plait ?
Et bien y en n’a pas !
D’accord, mais nous sommes deux. (Décidément quand ça ne veut pas…)
Sous le regard condescendant d’un solide gaillard assis au coin du comptoir, la fille fait de
son mieux pour expliquer qu’il n’y a pas de problème car la chambre a deux
lits.
Evidemment…
Allez, on va faire avec. Il est temps
de se coucher, la nuit va être courte et demain les choses vraiment sérieuses
nous attendent.