mardi 28 avril 2026

La belle échappée Catalane : préambule

Partir pour une semaine de vélo en Catalogne, avec son fils, en van, avec en toile de fond les Pyrénées et la côte méditerranéenne, voilà sur le papier un programme difficile à refuser. Rien que l’idée suffit à faire monter une petite musique intérieure : celle des départs, des routes qui s’ouvrent, des matins frais, des cafés pris debout sur un parking encore désert, des pneus que l’on gonfle avant de s’élancer.
Et pourtant, je l’avoue, derrière l’enthousiasme se glisse une légère appréhension. Une génération nous séparent. Trente ans de différence dans les jambes, dans le souffle, peut-être dans la capacité à relancer après un virage, à encaisser un col, à repartir le lendemain comme si de rien n’était. Vais-je avoir « la caisse » ? Vais-je réussir à l’accompagner sans devenir ce poids discret que l’on attend gentiment au sommet ? Le père a beau vouloir tenir son rang, en vélo on ne triche jamais.
Il y a aussi la question du matériel. Alex arrive avec une machine de son époque : cadre carbone dernier cri, freins à disques hydrauliques, dérailleur électronique. Précision chirurgicale. Le mien a déjà une décennie au compteur. Carbone aussi, certes, mais d’une génération plus tactile, presque sentimentale. Un peu vintage dirons-nous avec élégance, avec ses freins à patins et son dérailleur Shimano classique …
En vélo, on aime aussi répéter que le cycliste fait la différence, pas la machine. C’est vrai. Enfin, jusqu’à un certain point. Car lorsque la pente se cabre, que le vent s’invite ou la fatigue s’installe, on se surprend tout de même à regarder avec envie les merveilles de technologie du coéquipier.

Gemini chargé de l’essentiel, frigo plein, tenues de sport rangées dans les coffres, vélo soigneusement arrimé, je roule vers Barcelone pour récupérer Alex à l’aéroport. Le van sera notre base mobile, refuge, vestiaire, cuisine, notre roulotte posée au bord de l’aventure.
Demain nous choisirons le parcours idéal, quelque part entre plaine et montagne, entre la douceur méditerranéenne et les contreforts pyrénéens. Quelques beaux cols en perspective, des routes côtières superbes, ces rubans d’asphalte suspendus entre mer et falaises, et cette lumière catalane qui donne aux paysages une intensité particulière.
Jeudi, notre premier jour de roulage servira d’échauffement. Officiellement, pour régler le matériel. Officieusement, pour jauger les jambes... Les vélos modernes sont aussi sensibles que de l’horlogerie – un bruit de chaîne, un frottement de disque, une pression de pneu – toute la mécanique du plaisir demande à être ajustée et les corps mis en mouvement.
Puis viendra la belle chevauchée catalane, père et fils, chacun son vélo, chacun son rythme peut-être, mais la même route devant soi. J’ai hâte.

 

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