Au hasard nous entrons dans un
restaurant où l’on sert le brunch du week-end, moment de convivialité autour d’un
vrai de repas, quand, le reste de la semaine, manger n’est ici que l’acte de
couper la faim.
Il y a là familles et groupes
d’amis attablés dans une ambiance décontractée, soutenue, comme c’est ici souvent
le cas dans les lieux publics, par une excellente musique aux accents très
rock’n roll.
Dans la salle où nous sommes assis,
la table d’à côté est occupée par 3 générations d’une famille d’asiatiques, une
autre par un jeune couple noir Américain au format XXL, plus loin des hispanisants
très probablement Mexicains, et des « blancs » évidemment, illustration
parfaite du fameux « melting-pot », creuset où se mélangent les
cultures pour donner le meilleur de l’Amérique.
Pas d’autre objectif que de prendre
du bon temps, parler de tout et de rien, se dire qu’on a bien de la chance d’être
ici et déguster de délicieuses omelettes au bacon et autre salade
au poisson fumé dans une salle inondée de soleil ou les serveurs s’occupent des
clients avec zèle.
…
Déambulant dans les rues du quartier,
nous tombons sur une improbable librairie d’ouvrages d’occasions, dans le style
des « Shakespeare & Co » de Paris, Londres, New-York où l’on trouve,
sur plusieurs étages, des milliers de livre usés classés par thème dans un enchevêtrement
de rayons de bois ployant sous le poids des volumes.
Ce qu’il y a de bien avec les livres,
c’est que l’usure n’enlève rien à la qualité des ouvrages. Au
contraire, on pourrait même considérer que plus un livre est patiné par les
mains du lecteur, plus le contenu est intéressant, ce qui ajoute encore à son
intérêt. Il y a des objets comme cela – volant de voiture ancienne, vieil
Opinel, montre ou blouson de cuir – dont l’inimitable patine exprime avec
sensualité quelque chose de puissant à nul autre pareil, au point de susciter parfois
un irrépressible pouvoir d’attraction, comme si, après avoir capté une partie
de l’âme des utilisateurs, il pourrait en restituer quelque chose au-delà du
seul plaisir esthétique.
Sans véritablement le faire exprès,
je me retrouve dans les rayons « voyage, aventure, montagne » d’où j’extrais
un ouvrage « Dark Summit » (Sombre Sommet), relatant quelques expéditions
sur l’Everest à l’issue tragique. La lecture de la postface n’a à vrai dire rien
de très engageante. A se demander
pourquoi certains grimpeurs de l’extrême ont cet irrépressible besoin de
raconter la mort. Peut-être pour mieux la conjurer…
Je repose le bouquin sur l’étagère et
continue de fouiner pour retomber sur le même type de récit. Décidément.
Reprenant le premier livre je l’ouvre
cette fois pour feuilleter les photos couleurs reliées au milieu de l’ouvrage, cordées
de grimpeurs audacieux sur des arrêtes de glace, paysages d’une inimitable beauté brutale, et
ce ciel d’un bleu à la profondeur incomparable, peut-être la plus belle couleur
du monde avec l’orangé des dunes du Sahara au levé du soleil.
-
10$
sir, me lance le gars derrière la caisse.
Je sorts de ma bulle, lui tends un billet
vert et retrouve les miens sur le trottoir pour une tranquille ballade dominicale
à Chicago, le nez en l'air, à l'ombre de spectaculaires cimes urbaines faites de verre et de béton façonnées par le génie d'autres hommes audacieux. Un bien beau dimanche.