
En période de Noël, voyager
dans l’hémisphère Sud a souvent quelque chose d’anachronique. Alors en pleine
saison chaude, sous 30° on découvre des zones publiques ornées de sapins artificiels
enneigés et scintillant de mille feux, au pied desquels sont disposés, tels des
lutins venus de notre monde, des Pères Noël emmitouflés dans leurs manteaux
rouges. Des paquets dorés enrubannés aussi, pour entretenir la magie de ce
moment de fête universel où le temps semble parfois suspendu aux cadeaux que l’on
va s’échanger.
Si le côté consumériste du rituel peut agacer, il n’empêche
qu’il signifie quelque chose de sincère propre à notre espèce. Alors pourquoi
bouder notre plaisir.
En sortant des beaux quartiers de San Paulo protégés comme des
coffres forts, on traverse les zones plus populaires avant de contourner les
favelas colorées ouvertes aux 4 vents. Ce grand écart crée les conditions de la
violence à laquelle est confrontée la Brésil : 60 000 morts par
an par armes à feu ! Triste record mondial que des pouvoirs successifs ne
parviennent pas à endiguer. Gangrénés par une corruption les ayant totalement décrédibilisés,
les gouvernants ont créé ici la fracture sociale à l’origine de tous ces crimes,
pour la plupart impunis. Et l’on s’étonne de la montée récente du populisme...
…
1h45 de voiture pour parcourir
41 km dans un insupportable cloaque routier. Autre illustration de l’incurie
des politiques face au déficit d’infrastructures qui freine le développement
du pays et pourrit la vie des gens.
Sous 35°, le vibrant
embouteillage reste étonnamment silencieux. Y circulent à pied des marchands ambulants. En nage ils tirent des petits chariots chargés de sodas et autre junkfood bon
marché. Aucun coup de klaxon, preuve que nous sommes dans une normalité
nonchalante de la vie des gens d’ici. Il a y pourtant de quoi péter un câble.
L’arrivée à notre rendez-vous est quelque peu surréaliste ; comme le sont parfois ces moments dans les
pays émergents : immeuble rutilent au parking garni de luxueuses
voitures, berlines allemandes noires ou chatoyantes sportives italiennes.
Dans le lobby, sapin scintillant et hôtesses de catalogue.
Tout sourire, nos hôtes
au look de play-boy arrivent un peu en retard. Retardés par le trafic routier, ils
sur jouent des excuses de n’avoir pas pris l’hélico. Car San Paulo est aussi la
ville au monde où ils sont les plus nombreux, histoire d'éviter le bourbier de la vie réelle sur le plancher des vaches.
Nous, on est juste venu là
vendre « les meilleures poules du monde ».
Joyeux Noël à tous !