
La guerre froide appartient maintenant
à l’histoire, celle de nos parents et grands-parents, dont l’épilogue fut la
chute du mur en 1989. J’avais alors 25 ans et cela reste comme un souvenir
extraordinaire, celui de vivre en direct un moment d’une rare portée historique,
rien de moins que le dénouement des derniers soubresauts de la seconde guerre
mondiale. Nous entrions alors dans une nouvelle ère où l’Est ne représentait plus
la menace communiste.
11 novembre 2018, le centenaire de
l’armistice de la première guerre mondiale, une journée exceptionnelle sur la
frise de l’histoire contemporaine. Et se trouver à Berlin à cette occasion est
une émotion particulière. D’autant plus forte que nous réunissons ici les
distributeurs de notre branche génétique porcine : plus d’une centaine
d’invités en provenance de 20 pays de tous les continents.
Ces moments sont à chaque fois d’une
rare intensité, comme de mini-sommets internationaux où l’on se retrouve avec
plaisir pour développer nos affaires.
19h30, dans la salle de cocktail pour
le mot d’accueil. Moment toujours important où il s’agit de donner le ton.
Pieter, le patron de la branche, trouve les mots parfaits pour faire le lien
entre ce jour particulier, l’état du monde et notre évènement. Les regards se
croisent : les Allemands et les Français, les Américains et les Mexicains,
les Brésiliens et les Argentins, Les Chinois et les Japonais, les Russes et les Ukrainiens, les Anglais, les
Polonais... Puis de chaleureuses poignées de main accompagnées, suivant les
cultures, de cordiales embrassades. A cet instant précis, c’est comme si tous
voulaient contribuer aux flux d’ondes positives émanant du moment, comme un
contre-courant aux inquiétantes dérives populistes actuelles dont chacun a bien
conscience.
Après le diner informel, je sors faire
quelques pas en ville vers l’Alexanderplatz dominée par son élégante tour de
télécommunication. Nous sommes à l’Est de Berlin avec son style rectiligne à
l’architecture poststalinienne.
Par hasard j’y retrouve un client venu
aussi humer l’air ambiant. Une nouvelle fois nous nous serrons la main,
échangeons quelques mots sur le temps qu’il fait avant de disserter sur l’état
du monde : Hongrie, Pologne, Autriche, Italie, Angleterre, USA, Brésil,
Russie, Chine, inquiétante liste de pays où, pour des raisons diverses, le
pouvoir dérive vers des tendances porteuses de germes à l’opposé des valeurs démocratiques
ayant assuré l’une des plus longues périodes de stabilité du monde.
Comme si les générations actuelles
avaient oublié d’où nous venons, exactement 100 ans après la fin de la première
guerre mondiale, 73 après la seconde.