
On se pose en douceur et roulons très
peu jusqu’à la passerelle de débarquement. Pas fâché de se dégourdir les jambes
après plus de 10h30 vol.
Par principe je marche aussi vite que
possible pour rejoindre rapidement les contrôles de l’immigration.
-
« Esta
ou visa ? » me demande un agent posté devant les files d’attentes ?
-
Visa ?
-
Quel
type de visa ?
-
Un
visa Américain obtenu en France…
Il a l’air surpris et me demande mon
passeport. Il l’ouvre, me dévisage et m’indique une ligne à emprunter vers des
kiosques automatiques. Et là je me dis que ça va être rapide.
J’insère le passeport dans le lecteur
automatique, la machine me reconnait, prend une photo, et m’imprime un bon
barré d’une large croix. Là je me dis que ça ne sent pas très bon… Un autre
agent m’indique alors une autre ligne.
Curieusement attendent ici
principalement des gens du Moyen-Orient et aussi quelques Asiatiques… Pas d’autre
choix que de faire aussi la queue.
Une heure est déjà passée et la douane
se vide. Je suis quasiment le dernier à me présenter devant un agent plutôt
sympa qui me demande ce que viens faire aux USA et pendant combien de temps.
Ouvrant mon passeport il tombe sur le fameux bon barré d’une croix. Tout en
scannant de nouveau le passeport il me dévisage, visiblement un peu gêné, avant
d’appeler par téléphone un autre agent et de s’excuser par avance pour ce qui
va m’arriver :
-
C’est
un peu ridicule, me dit-il, mais je vais vous demander de suivre mon collègue
vers le « back office ».
Le gars en uniforme m’escorte jusque
dans un local de verre sécurisé adossé à une large vitre sans teint. Sont
entassées là quelques personnes du Moyen-Orient et 2 Chinoises visiblement désemparées.
On me demande d’attendre. Alors j’attends pendant une nouvelle heure avec
interdiction formelle d’utiliser téléphone portable et ordinateur. Inutile de s’énerver,
même si la tension est palpable. Je sais parfaitement que tout cela n’est que
le soubresaut d’une aventure qui m’était arrivée l’an dernier à la même époque.
Alors en transit à Shanghai vers les USA, j’avais tout bonnement été refoulé au
moment de monter dans l’avion puis immédiatement renvoyé vers la France. Situation
des plus désagréables, conséquence d’un voyage en Iran quelques mois plus tôt
et qui, par le truchement des recoupements informatiques, m’avait black-listé
pour entrer aux Etats-Unis. J’avais alors dû passer par une procédure spéciale
de demande de visa pour être en mesure d’entrer de nouveau sur le territoire
Américain. Depuis j’y suis retourné sans problème, mais cette fois cela semble
bugger. Et je me dis que s’ils me refoulent je fais un scandale. En attendant
je n’ai qu’à attendre parmi ces gens en méditant sur les effets de la discrimination
ordinaire.
Une heure et quart passe avant qu’un gros
agent, à priori féminin, n’ouvre la porte et m’invite à la rejoindre pour une
séance de « questionnettes » devant 2 autres costauds mâles.
-
Rien
d’important Monsieur, mais pourquoi avez-vous 2 passeports ?
-
Et
pourquoi voyagez-vous en Iran ?
-
Et
vous êtes aussi allé au Pakistan n’est-ce pas ?
-
Ainsi
que dans de nombreux pays Arabes…
-
Etc…
etc.
J’ai bien envie de leur expliquer que
les Iraniens ne sont pas des Arabes, mais je crois que ça leur serait passé au-dessus
de la casquette. Alors je me borne à faire profil bas en répondant calmement et
sans plus de détail aux questions posées.
-
Vous
êtes aussi Président de sociétés aux USA ?
-
Ben
oui.
-
Et
cela marche bien pour vous ?
-
Ca
dépend…
-
Et
vous aimez l’Amérique ?
-
Ca
dépend…
Petit instant d’hésitation, puis,
-
OK
Monsieur, toutes nos excuses pour ces désagréments. Vous pouvez maintenant y
aller.
-
Vous
me redonnez mon passeport SVP ?
-
Oui
bien sûr. Excusez-nous encore.
Je passe récupérer ma valise dans le
local de « rétention » et ne peux m'empêcher lâcher un « Good Luck to all » aux
autres « invités », ce qui ne fait visiblement pas sourire l’agent.
Pas sûr que cela finissent aussi bien pour
chacun d’eux.