Il y a des cols qui ne se contentent pas de franchir les montagnes. Ils vous interrogent, vous mettent à l’épreuve et finissent par révéler quelque chose de vous-même. Le Glandon, la Croix-de-Fer, le Galibier appartiennent à cette catégorie. Des noms de légende, chargés d’histoire, de sueur et d’exploits. Les gravir à vélo, c’est entrer à son tour dans leur histoire.
Le soleil est éclatant, le ciel d’un bleu presque insolent. Dès les premiers kilomètres, la chaleur s’installe et les jambes comprennent ce qui les attend. Trouver le bon rythme, celui que l’on pourra tenir longtemps. Ne pas s’affoler, ne pas se disperser. Respirer profondément et régulièrement, pédaler avec souplesse et accepter la pente.
Le Glandon impose son caractère sauvage. La route serpente entre les torrents, les alpages et les parois abruptes, alternant les passages où l’on retrouve un peu de souffle et les rampes à 14% qui obligent à se dresser sur les pédales. Plus on monte, plus la montagne se fait imposante. Les derniers kilomètres sont sévères. Il faut appuyer fort, accepter de sentir les muscles brûler sans jamais franchir la ligne rouge. L’effort est intense, mais maîtrisé. Il n’y a pas de doute, seulement une détermination tranquille : avancer, mètre après mètre, jusqu’au sommet.
L’enchaînement vers La Croix-de-Fer est alors une formalité. Le plus dur est fait. Ne reste qu’une longue pente dans le paysage grandiose qui s’ouvre sur les sommets, les lacs et les hauts pâturages. La beauté du décor pourrait presque faire oublier la difficulté. Presque. Car les jambes rappellent que la montagne se mérite.
…
Après une nuit de repos on s’attaque au géant Galibier. Une ascension patiente, presque méditative vers cette silhouette minérale. Passé les 2000 m, la végétation disparaît. L’air devient plus frais, plus rare. La route se déroule à flanc de montagne, immense et magnifique. Les derniers kilomètres réclament un engagement total sur des lacets étroits décorés des peintures de guerre des supporters de la Grande Boucle. Le corps est fatigué, mais l’esprit ne lâche rien. Il n’y a plus de place pour les questions inutiles. Seulement la pente, le souffle, le prochain virage et cette volonté intacte d’aller au bout. Et l’on imagine la ferveur populaire au contact des champions avançant dans la foule pour ces derniers kilomètres de folie.
Flo m’accompagne sur son VTT électrifié, présente dans l’effort, toujours avec le sourire et le mot qui porte. Sa présence, ses encouragements, sa bonne humeur et ses ondes positives ajoutent encore au plaisir. Dans les moments les plus exigeants, il suffit de la savoir près de moi pour retrouver de l’énergie.
Le sommet enfin, 2640 m d’altitude, l’un des plus hauts cols routiers Européen, la joie mêlée à la fatigue dans un jus de sueur et d’hormones, et cette sensation unique de se sentir tellement vivant face à un panorama de commencement du monde.
Vive le sport !


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