vendredi 12 août 2022

Le 8ème jour Dieu créa Les Dolomites

Randonner dans les Dolomites est une expérience sensorielle dont je doute pouvoir vous restituer toute l’intensité, tant elle est puissante du point de vue esthétique qu’émotionnelle.

Partir au petit matin permet de profiter de la caresse des premiers rayons du soleil et de leur incroyable mise en lumière du chef œuvre naturel qui nous attend. Se lever tôt, prendre un café et démarrer sans tarder dans la fraîcheur d’altitude. Le corps se met doucement en mouvement, stimulé par la marche d’approche engagée nous conduisant à près de 3000 m vers les "Tre Cime di Lavaredo", merveilles géologiques de ces montagnes crayeuses dont l’érosion a sculpté les massifs en une multitude de cimes acérées comme des flèches de cathédrales.

Sur 360°, entre ombre et lumière les reliefs se superposent tel les décors d’un théâtre géant. Les masses calcaires illuminées par les premières lumières prennent alors les couleurs chaudes du levant, tandis que les nuages vaporeux qui s’y accrochent ajoutent un mystère presque surnaturel au panorama.

On ne sait plus où donner de la tête tant il y a voir. Tout semble si parfait avec l’ascension de l’astre du jour qui fait tourner les ombres en dissipant les dernières brumes matinales...

Nous franchissons un petit col ouvrant la perspective sur les les 3 cimes. Telles les tours d’un château fort elle se dressent face nous, majestueuses, dominant le paysage de leur masse imposante dans un équilibre parfait. 

La course se poursuit de refuge en refuge. Comme de la neige légère ajoutant une touche de poésie au paysage, des crêtes s’écoulent l'érosion calcaire formant des congères dans les cicatrices rocheuses. Plus loin l’artiste a posé un lac émeraude reflétant les nuages, nouvelle perspective inattendue au tableau. S’arrêter pour admirer. Subjugués par tant de beauté on en perd la notion du temps. Seul l’instant compte, suspendu par la puissance esthétique de cet environnement unique. On ne parle pas. Et d’ailleurs que pourrait-on (se) dire ?

Reprendre la progression vers un petit col où a été installé un mât soutenu par 3 haubans ornés de drapeaux à prières dispersant leurs songes vers l’univers. Impossible de ne pas s’y arrêter pour rendre grâce à cette nature et au moment qui nous est offert.

Le soleil est maintenant haut dans l’azur d’un bleu profond. L’indigo unique des montagnards et des aviateurs qui ont la chance de le voir à chaque vol lorsque l'avion transperce la couche nuageuse.

Quel jour sommes-nous ? Quelle heure est-il ? Tout cela n’aurait plus d’importance si nous ne devions reprendre bientôt le cours habituel de nos existences. 

  

 

 

 

 

mercredi 10 août 2022

Dolce Vita

 
L’ambiance sur les bords du Lac de Garde à ce quelque chose d’unique que l’on ressent aussi peut-être sur la Riviera Française ou Italienne : une très belle lumière irisée par les flots qui donne un air de fête au paysage, des bateaux, de jolies maisons de caractère au milieu de parc arborés d’élégants cyprès au port altier, des gens « riches », vieux beaux et belles promenant leurs chiens, des familles de vacanciers en goguettes, quelques belles voitures également, et cette légèreté romantique où il fait bon musarder avec son âme sœur dont on se sent du coup plus proche.
 
On s’arrête regarder passer les gens à la terrasse d’un café en sirotant espresso, ristretto ou macchiato, profitant de la brise légère tempérée par les eaux. Puis, sans parler, tandis que les pensées divaguent, le regard se perd sur les flots ondoyants.
 
-      On n’est quand même pas mal...
-   Tu crois ?
-      Ben oui j'trouve.
-      On reprend un café ?
-      Pourquoi pas...
 
Et l’on retombe dans cette douce indolence propre aux vacanciers qui, pour une courte parenthèse, se laissent porter sans contrainte par le temps qui passe.
 
Reprendre les vélos et flâner sur le chemin côtier, entre les piétons, sans plus d’objectif. Faire demi-tour par ce que c’est juste le moment et revoir le paysage à l’envers en croisant les gens dépassés à l’aller. S’arrêter pour acheter quelques fruits frais à un marchand ambulant et se reposer la question importante du moment :
-       T'as envie de faire quelque chose ?
-       Non, rien de particulier. Peut-être se baigner ce soir ? Et toi ?
-       Juste continuer comme ça. 
 
 
 

lundi 8 août 2022

Gratitude

 
Hautes Alpes Italiennes : nous stoppons dans un cul de sac sur les hauteurs de la vallée de Cogne. Un bout du monde où la route s’arrête pour laisser place à une nature encore vierge au cœur du parc naturel « Gran Paradiso », le bien nommé.
D’ici partent une multitude de sentiers de grandes randonnées, promesses de belles découvertes doublées de sensations uniques si l’on accepte l’engagement physique nécessaire pour y accéder.
Ca commence toujours doucement à la sortie d’un village. Là où randonneurs et alpinistes démarrent pour aller au large, une journée ou plusieurs selon la longueur de la course. 
Après avoir vérifié la météo, on part toujours plein d’entrain, cœur léger, bien chaussés, matériels et pique-nique dans le sac à dos, casquette et lunettes de soleil. L’objectif de la journée est un lac d’altitude.
Il fait encore frais. Nous remontons le lit d’un torrent à l’eau bleue verte s’écoulant « joyeusement » entre les rochers arrondis. Ce bruit, reconnaissable entre tous, presqu’entêtant si nous ne le connections à une certaine idée de nature préservée qui rappelle les vacances à la montagne de notre enfance.
La pente du sentier devient plus forte, tout comme le courant. Le bruit plus soutenu aussi, presque disproportionné, comme s’il se passait quelque chose dans la montagne qui se dresse face à nous. En contre-jour une bruine légère diffracte un arc-en-ciel évanescent. Puis l’on découvre une cascade tombant des rochers en surplomb. Toujours magiques ces chutes d’eau que l’on ne se lasse pas de regarder comme les flammes d’un feu de camp.
De forte, la pente devient raide, voir abrupte. Succession de marches rocheuses entre les racine d’arbres centenaires de la dense foret de conifères. Grimper demande un réel engagement physique avec cette sensation que ça n’en finira jamais.
Le sentier serpente entre les arbres dans une agréable pénombre rafraîchissante. Tels des rayons laser, quelques rares rayons du soleil traversent la canopée jusqu’au sous-bois humide et odorant. On croit apercevoir la sortie de la forêt vers les alpages, mais c’est une fausse impression. Monter encore en gérant son souffle plus court par l’altitude.
C’est alors la délivrance. Derrière les arbres de vastes prairies d’alpage verdoyant s’étalent sous nos yeux. Tels de gros animaux au repos, quelques rochers agrémentent ce paysage en pente douce dominé par les sommets acérés alentour, monde d’une autre dimension minérale, brute, inhospitalière.
Derrière nous, la ligne du Mont-Blanc et des Grandes Jorasses s’étale en majesté, blancheur immaculée piquetée de quelques flèches de cathédrales léchées par les premiers cumulus en formation. Vision qui à elle seule vaut la ballade tant par ses dimensions que l’imaginaire qu’elle génère. Souvenir de belles ascensions engagées qui reviennent en masse et feraient bien replonger dans de tels projets...
 
Nous sommes à un peu plus de mi-parcours, maintenant à découvert sous un soleil radieux. Encore un col à franchir pour découvrir le lac d’altitude. Nous apercevons le passage étroit au creux d’un V formé entre deux montagnes. Il parait à quelques encablures mais les distances sont trompeuses. Il faut reprendre l’effort, celui de nos lointains aïeuls dont c’était la raison de vivre. « Vivre et survivre » dans le milieu naturel dont nous sommes issus. Alors que pour nous il n’est plus question que de plaisir, celui de ce contact intime, si rare, avec la nature.
 
Encore quelques centaines de mètres et c’est la récompense. Se découvre sous nos yeux un joyau naturel. Niché au creux du relief, le petit lac bleu, miroir naturel reflétant le paysage alentour. Instant de communion parfait avec les éléments qui nous accueillent. 
Rien à ajouter ni enlever, juste contempler avec gratitude.
 
 
 

dimanche 7 août 2022

La fin du monde...

En route vers l’Italie, nous traversons la France dans une ambiance caniculaire de fin du monde : plus de 40° à l’ombre et 54° au soleil indiquent les thermomètres de Gemini. Vous avez bien lu, cinquante-quatre degrés ! Cela me fait penser à l’atmosphère dans l’album de Tintin, L’Etoile Mystérieuse. Les radios ne parlent que de ça : réchauffement climatique, sécheresse historique, incendies gigantesques, restriction d’eau, impacts agricoles, effets sur la santé... Sans parler des réseaux sociaux où des oiseaux de mauvais augures relaient toutes sortes de théories plus ou moins fumeuses sur les raisons d’une « catastrophe annoncée ». 
Comme dit Flo, c’est un peu flippant !
 
Climatisation à fond, dans notre vaisseau la température reste supportable. Derrière les vitres brûlantes l’air vibre comme au-dessus d’un brasier. Le bitume des routes secondaires ressemble à du réglisse fondu et le tapis herbeux de bord de chaussée n’est qu’un souvenir. Même les arbres perdent leurs feuilles rabougries par la brulure du soleil, tandis que les cours d’eau ne sont plus qu’un souvenir. C’est vrai que la situation est assez anxiogène, au point de presque nous culpabiliser de voyager au long cours.
Car il s’agit bien de la thèse de certains : changer radicalement de mode de vie, passer en mode décroissance pour sauver la planète. Consommer moins. Se déplacer moins. Peut-être communiquer moins aussi. Tout cela au nom d’une idée consistant à penser que les responsables du fléau étant principalement les activités humaines - ce qui n’est pas faut - il serait donc possible de revenir en arrière en rembobinant le film de nos existences au nom d’un « c’était mieux avant ».
Ben oui, simple vu comme cela. Mais sans doute ni réaliste ni possible. Car le genre humain est ainsi fait qu’il se projette vers un avenir meilleur par l’innovation. Ce comportement singulier qui nous a fait inventer le feu et développer sans cesse de nouvelles solutions aux problèmes rencontrés. C’est là toute l’intelligence de notre espèce. L’essence des progrès qui nous ont permis de prospérer, au point de dominer la planète et jusqu’au point de déséquilibre actuel. Car le constat est là, incontestable, comme un nouveau défi à notre créativité qui va devoir imaginer de nouvelles options. Et ce ne sera pas en revenant en arrière mais bien en innovant pour la production d’énergie, la mobilité, l’industrie, l’agriculture, les services et j’en passe. 
 
Pour cela il va donc falloir travailler dur. Ce qu’on fait nos parents pour nous offrir le « confort moderne ». Peut-être même plus dur qu’avant. Surement pas revenir en arrière.
 
En attendant passons tous un bel été ! Chaud !

 

vendredi 5 août 2022

Du Matrimandir à l'Abbatiale de Conques...

A peine remis de nos pérégrinations Indiennes que nous voilà repartis pour un road-trip Européen à bord de notre fabuleux Gemini (camion de voyage aménagé sur base Mercedes Sprinter 4x4. Une merveille pour les ballades au long cours en totale autonomie...)

Comme un fait exprès, la première étape nous fait arriver à Conques, où un ami nous attend pour une visite de l’Abbaye, haut lieu des chemins de Compostelle, nichée dans l’Aveyron au creux de l’étroite vallée du Dourdou.

La porte principale de la solide abbatiale de pierres rouges donne sur une petite place pavée circulaire autour de laquelle s’enroulent de jolies maisons moyenâgeuses à colombage. L’unité architecturale simple et remarquable a été préservée de l’outrage du temps. Et il ne fait aucun doute qu’aujourd’hui encore les bâtisseurs retrouveraient l’esprit de leurs constructions. Imaginer revoir l’arche de la Défense dans son environnement à « l’identique » en l’an de grâce 2922...

Si l’abbatiale construite sur 8 générations est en tant que telle remarquable, le tympan – sculpture ornant sa porte principale – est un rare chef d’œuvre qui nous plonge en deux dimensions dans la mythologie profonde de la chrétienté : de gauche à droite « le bien » et « le mal » représentés par les saints élus au paradis et les damnés de l’enfer. De bas en haut le passé et l’avenir. Et bien sûr Jésus, Dieu le rédempteur bienveillant, au-dessus de tout.

Comme un miracle, cette sculpture d’une remarquable précision a traversé les siècles sans une égratignure. S’y dégage une vraie joie, comme dans une bande dessinée simple et expressive à l’attention des pèlerins de passage pour la plupart illettrés. Juste regarder pour comprendre l’histoire illustrée et colorisée - dont il reste d’ailleurs encore quelques traces polychromes - avant d’entrer dans le lieu de culte. Aujourd’hui exposée dans une annexe sécurisée, y trônait en majesté la statue-reliquaire de Sainte Foy. L’impression devait être tout à fait saisissante. Depuis la jolie place claire inondée de soleil, on entrait dans la pénombre de l’imposante abbatiale. Par différence il y faisait presque noir. On avançait religieusement entre les hautes piles, le regard très certainement aimanté par la statue en or rehaussée de pierre précieuses scintillantes sous le faible éclairage de bougies en appoint des rayons lumineux tombant des vitraux.

Que pouvaient ressentir ces pèlerins devant tant de magnificence ? Eux qui pour la plupart vivaient dans de rudes conditions sans la moindre idée des beautés du vaste monde.

De tels moments ne pouvaient que conforter leurs croyances, cette foi chrétienne prônée par un clergé qui, à l’époque, en récoltait pleinement les fruits par le truchement d’un modèle économique parfait : se faire payer les peines de la vie terrestre contre l’assurance du paradis.

 



 

jeudi 28 juillet 2022

La Mère du Matrimandir


Nous ressortons un peu la tête à l’envers de notre expérience immersive dans le temple hindou dédié à Ganesh. Couleurs, représentations sacrées, ferveur, rituels, sonorités, odeurs. Tout nous bouscule. Comme une plongée dans un monde fantastique, parenthèse hors du temps et de la réalité dédiée à une certaine spiritualité aux antipodes de nos repères occidentaux. Je ne peux m’empêcher de penser que toute cette agitation à quelque chose d’un peu brutal, peut-être à dessein pour libérer les esprits des inhibitions de la rationalité...

Nous reprenons notre déambulation dans Pondichéry. Devant le porche discret d’une rue calme, Rao nous demande d’enlever nos chaussures. Moment de douleur pour mes pieds délicats sur le goudron brûlant. Par une porte étroite nous entrons dans un lieu de méditation, jardin autour d’un petit bassin recouvert de lotus où les gens viennent se recueillir en silence. Certain(e)s se prosternent avec humilité, d’autres simplement assis(es) semblent ailleurs, tandis que quelques un(e)s procèdent à de discrètes ablutions. Des femmes et des hommes de tous âges se croisent ici dans un cadre paisible, silencieux, contraste saisissant d’où nous arrivons.

Nous retrouvons la rue, et nos chaussures. Les cloches de l’église à proximité carillonnent joyeusement... 
Comme un fait exprès, la route vers Auroville nous fait traverser le quartier musulman et ses petits minarets d’où émanent le chant lancinant du Muezzine appelant à la prière. Un peu plus loin, 3 petits temples bouddhistes multicolores et dorés comme les bijoux d’un quartier modeste.
Cette ville est décidément un creuset de spiritualités dont les dimensions originales semblent, malgré leurs différences, se rejoindre autour de valeur communes de bienveillance...

« Auroville car park » : la voiture s’arrête ici, parking en terre battue rouge d’où part un sentier pédestre bordée de plantes odorantes aux vertues décrites sur de grandes pierres plates. La température est agréable en ce milieu de matinée. Nous rejoignons le « Visitors Center » de ce lieu unique crée en 1968 par une française idéaliste, Mirra Richard, dites « La Mère » de cette ville nouvelle, communautaire, aux valeurs universelles de paix et d’harmonie. Comme une synthèse, ou peut-être un au-delà des religions.

Globe trotteuse dans son jeune âge, disciple du sage Indien Sri Aurobindo, très certainement influencée par la spiritualité multidimensionnelle de toutes les obédiences religieuses de cette région, elle s’y établit au côté de son mentor et guru dans un ashram, lieu dédié à la spiritualité hindouiste et yoga. 

Et c’est ici qu’elle créa Auroville en 1968, ville idéale gouvernée selon les 4 principes universels de la charte qu’elle formula.

On entre difficilement dans la ville elle-même, uniquement sur invitation, où vivent quelques milliers d’habitants volontaires adhérant aux principes édictés par « La Mère » devenue elle-même guru de gens du monde entier...

Le sentier nous invite à poursuivre notre cheminement vers le Matrimandir. Car, au-delà des considérations matérielles et pratique de la cité, Mirra s’occupa aussi de la spiritualité de ses disciples en créant un lieu extraordinaire de méditation vers où convergent les visiteurs dans un étonnant silence.
En arrivant sur les lieux l’effet est saisissant. Le Matrimandir apparait dans toute sa splendeur. Coupole dorée telle une soucoupe volante posée au milieu d’un jardin merveilleux, sur une élégante structure maçonnée aux 12 facettes.
Impossible de ne pas être touché par cette vision inattendue à l’évidente dimension spirituelle. Le regard ne peut échapper à son effet magnétique qui vous vous attire immanquablement comme des papillons par la lumière. Pas de doute qu’il se passe quelque chose à cet endroit.
On accède à l’intérieur par un couloir en double ellipse permettant de rejoindre la vaste plateforme de méditation où tombent les rayons de lumières naturelle pour une parfaite connexion avec l’univers.
 
Nous n’avons malheureusement pas pu tenter l’expérience pour cause de travaux dans l’édifice. Mais il est certain que ce doit être unique pour celles et ceux qui sauront ensuite ne pas rester « perchés » et se reconnecter à la réalité du monde tel qu’il est.