mardi 6 décembre 2011

Objectif Aconcagua !

D’un clic je viens de valider la résa du billet d’avion, point de non retour pour une nouvelle aventure dont je ne mesure pas encore tout à fait les dimensions. Objectif Aconcagua ! Du haut de ses 7000 m, point culminant du continent Américain au cœur de la Cordillère des Andes et plus haut sommet de la planète en dehors du massif Himalayen. Même pas peur…
Départ le 1er février 2012 en compagnie de Bruno, mon frère, et Claude un ami.

Tout cela a commencé en 2009, lorsque j’ai découvert l’ivresse « des hautes solitudes » en atteignant avec un groupe de grimpeurs le sommet du Kilimandjaro, 6000 m, sommet du continent Africain, indélébile expérience tant physiologique que psychologique.

Adolescent, comme tout le monde j’avais lu les récits de montagne de Frison Roche et Maurice Hertzog, restés enfouis comme des fantasmagories extraordinaires hors de portée du commun des mortels. Il y a quelques années un reportage télé sur l’ascension du Kili dont la monté semblait accessible avait réveillé une petite voix dont la musique devint rapidement un irrésistible refrain. Pas de doute, il fallait y aller voir. Alors bien sûr, rien à voir avec les exploits cosmiques des Grands Alpinistes ; juste la satisfaction d’effleurer leurs sensations, respirer quelques unes des rares molécules d’air qui à ces altitudes auraient pu irriguer leur poumons, et finalement attraper le virus, contaminé par cette irrésistible envie d’y retourner fouler un monde étrange, presque en apesanteur entre ciel et terre : lumière cristalline, maîtrise de la respiration, le corps et l’esprit au ralenti dans un air glacé au milieu de titanesques cahots géologiques.
L’été dernier l’ascension du Mont-Blanc fut la rechute fatale à cette étrange addiction, de celle des amoureux des déserts ou des immensités polaires où l’homme ne peut être qu’un éphémère et modeste invité.

Dans deux mois nous y serons et je vous ferai partager l'aventure.

samedi 3 décembre 2011

Foz do Iguacu

8h30 du matin. Le Boeing 737 de la compagnie brésilienne Gol décolle de la piste 14 du petit aérodrome de Foz do Iguaçu. Sur fond de ciel indigo l’appareil s’incline doucement, large virage à droite dans la belle lumière de ce début de journée striant la cabine de rayons dorés à travers les rangés de hublots. Puis le capitaine annonce :
- Mesdames, Messieurs, à la droite de l’appareil les chutes d’Iguaçu,
avant d’incliner l’avion avec élégance pour permettre à chacun d’admirer le spectacle, et quel spectacle ! Un enchevêtrement de dizaines de cataractes vertigineuses – au confluent de la rivière Iguaçu et du fleuve Parana – dont les chutes vaporisent une brume humide diffractant la lumière en de multiples arcs en ciel sur fond de forêt tropical. Juste magique.
Nous sommes exactement à la frontière du Brésil, de l’Argentine et du Paraguay. La nature a développé ici des forces vives extraordinaires et les hommes ne s’y sont pas trompés, se regroupant là pour finalement se retrouver sur trois pays.
Je profite du spectacle en me promettant d’y revenir pour le redécouvrir les pieds sur terre, puis retombe insensiblement dans une agréable torpeur, bercé par le ronron des moteurs…

- What would you like to drink Sir ? me demande gentillement l’hôtesse poussant dans l’allée centrale son chariot chargé de boissons en tout genre.
- Water please, no ice.

Je bois à petites gorgées en repensant à la conversation d’hier soir avec notre client Roberto, chaleureux et volubile entrepreneur Brésilien, la cinquantaine bien entretenue, affichant sans retenue une belle réussite professionnelle construite avec audace : grosse berline sportive, jet privé…

Après le diner il me reconduit à l’hôtel à bord de sa rutilante Mercedes AMG. Ca change de la Logan de location… Même s’il est déjà tard, nous ne rentrons pas directement. Vitres teintées grandes ouvertes il m’emmène « faire le centre ville » de Cascavel où il est visiblement connu comme le loup blanc, saluant ses connaissances à renfort d’appels de phares et de grands gestes amicaux.
- Tu vois, dit-il en pointant du doigt un bar bien placé le long de l’avenue principale ? Et bien il est à moi.
Le « Wood’s bar », un bar à concert où des musiciens et chanteurs se produisent chaque semaine.
Je ne peux évidemment que le féliciter pour son initiative, même si je m’étonne toujours de ce mélange des genres, et tandis que nous continuons « la parade » sur la grande avenue, Roberto prend soudainement un air plus profond :
- Dis moi Fred, que ce passe t-il en Europe ?
- A quel point de vu ?
- La crise ! Ou allez-vous ? Que va-t-il se passer ? me demande t-il le regard marqué d’une pointe d’inquiétude que je ne lui connaissais pas.
Je réponds en expliquant que notre système est en train de se gripper, que « L’avenir n’est plus ce qu’il était » mais que personne ne veut regarder la vérité en face, chacun s’accrochant à ses acquis, ou du moins ceux qu’il croyait être acquis.
Et d’ajouter :
- Je crois que nous touchons les limites d’un système social mis en œuvre dans une période de forte de croissance économique, basé sur la consommation de biens d’équipement soutenu par une démographique dynamique.
- Or vous avez déjà tout et vous ne faites plus beaucoup d’enfants… me lance t-il tout de go.
- C’est un peu vrai dois-je bien reconnaître.
- Regarde chez nous ajoute t-il. Les gens rêvent tous d’un avenir meilleur et travaillent durs pour cela.
- Qu’est ce que veux dire pour eux un avenir meilleur ?
- Et bien vivre comme chez vous, en Europe. Que chacun dispose du confort moderne et de la « sécurité sociale ». Mais tu vois Fred, ce qui m’inquiète, c’est que si votre système devait s’écrouler, cela pourrait totalement changer les perspectives, non seulement les vôtres, mais aussi les nôtres. Et alors il faut imaginer autre chose dès maintenant, avant que nous ne nous retrouvions dans la même situation.
- T’as une idée ?
- Pas vraiment une idée, plutôt une réflexion. Pendant des décennies les pays occidentaux se sont développés et enrichis sur le dos des pays du sud (nous entre autres…). Et vous en avez bien profité n’est ce pas ? Et bien nous, les « nouvelles puissances », il va falloir imaginer construire notre développement économique durable tout en soutenant le vôtre. Sinon je crains que nous allions au devant de risques majeurs dans un monde où chacun serait alors tenté de ne défendre que ses intérêts particuliers.

Entrepreneur - philosophe réaliste le Roberto…

lundi 28 novembre 2011

Baja California

Au bout du ponton de planches de bois blanc incrustées de sel, un cormoran se sèche paresseusement les ailes dans une brise légère.
Ancré à quelques encablures, un yacht semble comme posé sur un lit de paillettes étincelantes dont les reflets se perdent sur la ligne d’horizon marquée par une fine bande de terre ocre sous un ciel d’un bleu profond.
Bordée de cactus géants poussant entre les rochers du désert, la plage de sable blanc où nous sommes attablés sous une paillotte, dégustant des palourdes géantes crues, un verre de téquila à la main, ressemble un peu au paradis. Il faut dire qu’ici le soleil d’hivers a des allures d’été, dans un microclimat où il ne pleut que 5 jours par an : Baja California, Mexique.
L’ambiance est détendue. C’est dimanche après-midi et après seulement un jour et demi de discussions, nous venons de signer un protocole d’accord prometteur avec de futurs partenaires pour le lancement d’un projet stratégique en génétique aquacole. De jeunes entrepreneurs enthousiastes animés d’un ardent désir de construire quelque chose d’innovant et d’utile. Deux frères magnifiquement complices : Carlos, le plus jeune, grand et fin garçon aux cheveux brins coupés courts ; Gustavo, l’ainé, look de surfeur Californien à la corpulence plus épaisse et au visage poupin éclairé d’un éternel sourire en coin. Il ait des gens avec lesquels les ondes passent tout de suite, ils font parti de ceux-là. Gageons que ce soit de bon augure pour la suite.
Nous parlons pêche, montagne, sports, femmes (les nôtres évidemment), enfants, voyages, gastronomie, sautant d’un sujet à l’autre sans véritable fil conducteur, profitant juste du plaisir d'un moment magique où l’on démarre une nouvelle entreprise pleine de promesses. L’heure n’est pas encore à la confrontation parfois ingrate avec la réalité économique, toutes ces bonnes raisons que nous aurions pour ne pas y aller. Nous sommes ici dans notre rôle d’entrepreneurs : imaginer un avenir radieux, puis tout faire pour le rendre possible.

De nouveau mon regard se perd dans le paysage : - d’un côté le ponton, la mer scintillante, le ciel bleu dégagé - de l’autre le désert, les rochers anguleux, les cactus - illustrations naturelles d’un projet d’entreprise que l’on engage pour le meilleur.

vendredi 18 novembre 2011

"Spock à Entreprise ?"

Quand j’étais enfant il m’arrivait parfois de regarder sur la télé noire et blanc de la maison, Star Treck, la fameuse série de science- fiction crée dans les années 60 (du siècle dernier…), dans laquelle l’humanité du XXIIIème siècle part en exploration spatiale à bord du fabuleux vaisseau « Entreprise », à la rencontre d’autres civilisations extra-terrestres.
Si je me souviens bien, tous les épisodes étaient prétextes au développement d’histoires aux valeurs humanistes dans un sympathique cocktail d’effets spéciaux aujourd’hui très « vintage ». Les protagonistes disposaient alors d’incroyables outils de communications qui à l’époque paraissaient totalement improbables. Nous étions émerveillés par ces petits appareils qui tenaient au creux de la main et permettaient de communiquer instantanément en direct avec sa communauté tant par la voix que par l’image ; et nous pensions que ça n’arriverait jamais.

Presque un demi-siècle est passé et nous n’avions à priori pas encore rencontré d’extra-terrestres (du moins c'est ce qu'on nous dit...) ni même quittés notre petite planète ; alors qu’à l’époque les promesses de la conquête spatiale semblaient presque sans limite. La réalité est que depuis la dernière mission lunaire Appolo 17, il y 40 ans, les hommes ne sont plus sortis de l’orbite terrestre, et que seuls des robots se sont rendus sur Mars. Le progrès n’est pas toujours celui attendu…

A cet instant vous vous demandez peut-être où je veux en venir.
En fait je devais cette semaine faire un saut aux Etats-Unis et, comme à d’habitude, profiter de l’occasion pour partager avec vous une petite rubrique de voyage. Des circonstances douloureuses m’ont obligé à annuler ce déplacement où je devais notamment retrouver d’importants clients Chinois. Du coup, nous avons monté au dernier moment une téléconférence. Rien de bien extraordinaire me direz-vous. Certes, sauf que cette téléconférence n’a nécessité rien d’autre qu’un simple ordinateur portable connecté à la box de la maison. Deux 2 clics et me voilà en direct avec Des Moines, dans l’Iowa (16h pour eux, 23h pour moi), où mes équipiers Américains accueillent physiquement nos amis Chinois. Nous nous présentons par écrans interposés, puis je pilote depuis mon ordi, le diaporama de présentation du groupe sur leur vidéoprojecteur. Magique ! D’autant plus que chacun peut en faire autant via Skype, et que ça ne coûte rien de plus que votre abonnement internet. Plus fort que Monsieur Spock !

Très franchement, qui aurait pu imaginer qu’une telle avancée technologique soit réellement possible, disons… il y a seulement 10 ans ?
Alors bien sûr, et fort heureusement ce type de communication ne peut complètement remplacer les vraies rencontres, celles où l’on « se touche », où les ondes émotionnelles passent vraiment. Mais quant même, quel progrès extraordinaire où la réalité a parfaitement rejoint la fiction.

Quand nous étions enfants nous rêvions d’un futur excitant et prometteur en regardant Star Treck.
Certains rêves se sont réalisés presqu’avant l’heure, d’autres pas. Mais la réalité dépasse par bien des aspects le champ alors imaginé des possibles dans des domaines tout à fait inattendus.

Aujourd’hui, de quel avenir prometteur rêvons-nous ?

samedi 24 septembre 2011

"L'avenir n'est plus ce qu'il était !"

Par les temps qui courent, voyager au Vietnam procure une incomparable sensation de sérénité.
Je ne parle évidemment pas des déplacements erratiques, englué dans le flot vrombissant d’essaims de petites motos - bien que l’ambiance reste toujours très bonne enfant - mais du contact avec les gens d’ici, comme s’ils avaient quelque chose de plus, un supplément d’âme exprimant naturellement le goût du bonheur, plaisir simple d’être ici et maintenant, traduit sans plus de manière par des relations non seulement toujours souriantes et courtoises, mais aussi joyeuses. Cela est d’autant plus frappant que ce peuple aurait de bonnes raisons d’en vouloir à l’occident qui l’a si souvent mal traité. Mais il n’en est rien apparemment. Et leur sens de l’accueil n’a d’égal que leur gentillesse spontanée. De là à imaginer que certains l’aient interprété comme de la faiblesse voir de la soumission ?
Tant les français que les américains ont à leur époque chèrement payé cette grossière erreur de jugement qui, remise en perspective, ne donne que plus de valeur à ce peuple magnifique capable de résister puis de dépasser les agressions.
Ne toucherions-nous pas ici à la vraie sagesse ?
…
Dans le lobby de l’hôtel quelques écrans diffusent en « live » les nouvelles du monde, successions de courbes en dents de scie descendantes montant l’effondrement spectaculaire des bourses occidentales, images de salles de marché où des traders surexcités semblent perdre les pédales, analyses de la situation par des spécialistes bien coiffés en costumes sombrent et cravates rouges ou bleues, Rolex au poignet gauche agitant de la main droite leur stylo Mont-Blanc telle une baguette magique. Puis ce sont les politiques occidentaux qui défilent pour expliquer qu’il n’y a aucune raison de paniquer, qu’il faut rester confiant tout en se serrant la ceinture ; sans aucun courage pour dire très clairement que le monde change vraiment, qu’en occident nous avons vécu au dessus de nos moyens, qu’il s’agit maintenant de payer la note tout en acceptant de partager la richesse avec le reste du monde dont nous avons bien profité. Ceux-là même qui nous regardent maintenant avec un peu de mansuétude, peut-être pas tout à fait fâchés par ce qui « nous » arrive.

« Le futur n’est plus ce qu’il était » a dit un jour Yogi Berra (très grand joueur Base Ball américain des années 60) signifiant, dans son style inimitable, que l’avenir ne se déroule plus selon les attentes du passé. Il avait sacrément raison.
Nous sommes dans une période de ruptures majeures où les modèles issus du passés n’apporteront pas la réponse aux défis qui nous attentent. Et le pire, c’est que personne ne semblent vouloir en parler franchement.

Préparons-nous à changer, à reconstruire sur de nouvelles bases un modèle économique et social capable de prendre en compte les nouveaux enjeux d’un plus grand partage de la richesse au niveau mondial, tout en gérant de manière mieux raisonnée la consommation des ressources disponibles.
Car je suis tout fait convaincu que c’est bien de cela dont il s’agit.
Le reste n’est que spéculation financière parfois immorale dont les principaux bénéficiaires prennent aujourd’hui une raclée. Devrions-nous vraiment les plaindre ?

samedi 10 septembre 2011

Tango ou Samba ?

Buenos Aires est de ces villes qui ont une âme et dont on ne peut rester indifférent. Pas vraiment belle, ni moche non plus, mais avec ce je ne sais quoi de charme un peu suranné.
Ici la « 5ème Avenue » s’appelle « L’Avenue du 9 juillet » (jour de l’indépendance). Il y avait la plus belle Avenue du monde, la plus longue aussi, alors les argentins ont inventé la plus large et l’affiche fièrement. Il faut bien dire qu’ils n’y sont pas allés de main morte : mieux vaut retenir sa respiration pour traverser, avec pas moins de 8 files de voitures, 4 dans chaque sens, plus les contres allées et les larges trottoirs scrupuleusement entretenues chaque matin par les résidents des pas de porte avec force jets d’eau, ballets brosse et huile de coude. Au moins ici il ne reste ni mégot, ni papiers gras, ni crotte de chien. Pour autant l’avenue ne présente pas de grand intérêt, sauf peut-être une curieuse obélisque érigé au milieu.
C’est plutôt du coté des passants qu’il faut regarder. Le matin des « nounous pour chiens » promènent en laisse de véritables meutes très éclectiques avec toute sorte de représentants de l’espèce canine - du plus gros au plus petit et de toutes les couleurs - que les maîtres leur ont confié pour la journée ; assez étonnant. Le soir on retrouve les maîtres sur leur 31 marchant tranquillement bras de dessus bras dessous, comme s’ils se rendaient à un bal de tango Argentin, Messieurs en costumes italiens cheveux gominés coiffés en arrière, Mesdames fardées et perchées sur des talons hauts cliquetant sur le pavé. Drôle de représentation façon sud européenne très années 30.

S’arrêter dans un café est ici un plaisir : commander un cortado (expresso à la mode espagnole) et le siroter tranquillement juste en observant les gens commentant l’actualité dans la langue de Cervantes soutenue de gestuelles latines très expressives.

Trafic intense dans les rues ou des bus hors d’âge aux chromes encore rutilants chargent et déchargent des grappes de passagers pressés. Dans le flot de la circulation, des milliers de petits taxis jaunes et noirs sillonnent la ville en tous sens, au gré des courses commandés par les passagers souvent entassés à 3 sur l’étroite banquette arrière. Quelques vieilles Ford Falcon, très joli modèle fabriqué ici dans les années 70 continuent d’assurer le service de conducteurs désargentés.

En ville de nombreux théâtres aux façades défraîchies présentent des spectacles de tango commercial aux touristes essentiellement venus de pays voisins. Ah le tango Argentin, danse de séduction certes, mais surtout hymne à la virilité locale que la gente masculine ne se prive pas ici d’exhiber : cheveux gominés, costumes à l’Italienne, chaussures lustrées impeccables - ou chemises ouvertes sur torses velus, ceinturons de cuir et bottes - selon que l’on soit citadin ou gaucho venu faire sont petit tour en ville. Plutôt rigolo, même si je force un peu le trait.

Le foot est ici une deuxième religion, entretenue par la rivalité avec le grand voisin Brésilien. Il faut dire que les relations entre les deux pays a parfois quelque chose de grand guignolesque pour qui voit cela de loin. C’est Tango contre Samba et les plaisanteries fusent entre les deux pays à la matière de celles entre Belges et Français. Sauf que nous n’avons ni tango, ni surtout Samba, dommage… et que la musette ne fait plus fantasmer grand monde.
Mais pour en revenir sur les relations tumultueuses entre Argentins et Brésilien, je me demande s’il n’y aurait pas derrière tout cela qu’une histoire de jalousie entre deux cultures latines hautes en couleurs ? D’un côté les Brésiliens envieux de la virilité Argentine quelque peu machiste exprimée dans le Tango, de l’autre les Argentins envieux (on les comprend) de la sensualité féminine brésilienne exprimé dans la samba.
Théorie « à 2 balles », je vous l’accorde, qui bien sûr n’engage que moi ; et encore…

dimanche 4 septembre 2011

Vol de jour

Samedi fin d’après-midi, nouveau départ vers l’Amérique Latine : 45 minutes de voiture jusqu’à l’aéroport de Nantes pour un petit vol vers Paris attraper la connexion du vol de nuit vers Sao Paulo. Pas vraiment envie de partir en plein week-end, mais les « optimisations d’agenda » sont parfois (souvent) nécessaires.

Le temps est à l’orage, ciel chargé de spectaculaires cumulonimbus bourgeonnant verticalement, tel des choux fleurs géants dont le sommet se heurte à la stratosphère en dessinant de gigantesques enclumes. L’avion zigzague doucement entres ces énormes usines électriques volantes qu’il faut mieux éviter si l’on veut ne pas se faire secouer violemment. La lumière décroissante de cette fin d’après-midi ajoute au spectacle, belle partie de pilotage pour ceux qui ont la chance de tenir les commandes.
Atterrissage agité sous les trombes d’eau à Charles de Gaulle. Au freinage les aérofreins moteurs propulsent une gerbe de bruine épaisse vers l’avant de l’appareil, comme s’il se trouvait piégé dans une tornade d’où il ne parvenait pas à s’extraire.

Retour au calme dans l’aérogare. Sans plus d’explication un SMS m’indique que le vol pour Sao Paulo prévu ce soir est reporté à demain matin 8h. Merde ! Le programme déjà tendu va se compliquer et il va falloir se taper un vol de jour.

Soirée sans intérêt dans un hôtel sans âme aux frais d’Air-France. La moindre des choses. En fait l’appareil que nous devions prendre serait resté en Asie pour problème technique, et il a fallu en préparer un autre. D’accord, mais dans ce cas ils auraient quant même pu prévenir plus tôt.
…
Chargement particulièrement lent de l’appareil, par bus, au large de l’aérogare 2F.
Nous finissons par décoller à 9h.
C’est parti pour un long vol de jour contre le temps, 11 heures pour dessiner une belle trajectoire vers le sud-est croisant l’équateur au dessus de l’Atlantique.
A travers le hublot, loin sous l’appareil, les petits cumulus clairsemés ressemblent à de délicates fleurs de coton flottant au dessus de l’océan qui projettent leurs ombres furtives sur les flots moutonneux.
De temps à autre on distingue un navire laissant derrière lui un sillage d’écume telle une fléchette sur la mer, comme une réponse à l’éphémère trainée de condensation dessinée dans l’azur par notre triple 7.
A l’horizon, ciel et mer se confondent dans un dégradé laiteux marqué d’une fine ligne brune semblable à la tranche d’une galaxie photographié par Hubble.
A bord quelques hublots restés ouverts diffusent d’éblouissants rayons de lumineux, tel des rayons laser illuminant la cabine. Nous ne sommes plus vraiement sur terre, envahis par une douce torpeur, bercés par le ronronnement régulier des moteurs de notre beau « vaisseau » blanc.
...
Heure d’arrivée 14h57 indique le moniteur de contrôle. Encore 6 heures de vols tandis que nous fonçons à 900 km/h vers le Brésil sans réelle impression d’avancer, paradoxe du voyageur aérien pour qui, malgré la vitesse de déplacement, le temps continue de s’écouler lentement.